Ce bois attenant au château, dit d’Houssiamont, emporté de haute lutte par la commune en 2001 au terme d’enchères, est devenu un lieu où se croisent avec déplaisir des individus qui n’ont rien en commun. Illustration wallo-wallonne (puisque, ici, français et belges sont historiquement des wallons), et parfois même simplement hiergo-hiergeoise, du choc des civilisations théorisé par Samuel Huntington pour qui « ce sont les identités et la culture qui engendrent les conflits, et non les idéologies politiques ». Et la chasse ne détermine plus une identité rurale en profonde mutation. Entre ces chasseurs réticents - à les en croire, non pas par mauvaise volonté mais par simple phobie administrative - à produire et afficher un calendrier des jours chassés, amoureux de « leurs bois » au point d’en majorer parfois la superficie dans certaines déclarations, et des utilisateurs du parcours anxieux à l’idée d’être confondus avec un gibier, la cohabitation est difficile, voire impossible. parcours_sante_hierges.jpgIl faut bien l’admettre, il fallait être candide ou exagérément optimiste pour décider d’envoyer ces survivants d’un autre temps chasser au milieu des amateurs de barre fixe et autres agrès.

Le bail consenti est venu à échéance en mars dernier. La signature d’un nouveau bail ne devrait pas être automatique compte tenu de l’improbabilité d’arriver en bonne intelligence à un partage des activités équitable. Et le conseil municipal s’assurera qu’aucun manquement au règlement de chasse valant résiliation ou non-renouvellement ne s'est produit sur l'ensemble des parcelles données en location à l'association des chasseurs de Hierges…

Par le passé, il est vrai, les bois de Hierges ont été le théâtre d’évènements fort éloignés de la pratique de la chasse promue aujourd’hui par la Fédération nationale (dont les recommandations ne sont pas toujours scrupuleusement suivies, si on en juge par le nombre d’accidents en augmentation), comme le rappelle Jean-Yves Leconte dans son livre Un été sans moisson (ed Alphonse Marré - Chartres) dont nous publions ici un extrait :

« (…) Colin Woittremond voulait oublier son passé. Il voulait oublier le fils du braconnier, le jeune Wallon qui avait fui sa forêt d’Ardenne parce qu’il se croyait pourchassé par toute l’armée espagnole, il y avait plus de dix ans maintenant. Son père, un fieffé ivrogne, qui ne mettait jamais les pieds à l’église, passait pour être le plus habile chasseur et le plus rapide braconnier de Givet à Fumay. Il traquait les biches et les chevreuils, les garennes et les marcassins. Ses armes favorites étaient ses lacets, redoutables nœuds coulants dont pas un lièvre ne sortait vivant, et son coutelas avec lequel il osait même affronter au corps à corps les gros sangliers. Les hostelleries de la vallée étaient parmi ses meilleurs clients, ainsi que le monastère de Revin. On prétendait même que le vieux envoyait son fils vendre les produits de son art clandestin de l’autre côte de la frontière, aux officiers de la garnison française de Rocroi. Ce qui était sûr en tous cas, c’est que père et fils étaient appréciés et méprisés, redoutés et fêtés tout ensemble, puisqu’ils représentaient pour tous à la fois la promesse de quelque hase ou d’un beau marcassin bien tendre, et la menace d’une condamnation pour complicité de recel.
Or, un jour, Ambroise Woittremond fut pris par les hommes du comte de Hierges à braconner sur les terres seigneuriales.
Le comte était un homme bon, ami des lettres, peu enclin à la dispute. Il connaissait depuis longtemps l’existence du braconnier et ne s’en formalisait pas outre mesure. A un ami qui un jour s’étonnait de cette indulgence à ses yeux coupable, le comte avait répondu en riant :
--Eh quoi, il y en a assez sur mes terres pour moi et lui, et puis si cet homme ne braconnait pas, il serait devenu voleur de grands chemins, assassin, ou pire encore sous-officier chez les Espagnols.
Lorsqu’il apprit l’arrestation du braconnier, le comte fut un peu triste, puis il murmura en haussant les épaules :
--Que la justice suive son cours.
Pour les spoliateurs des terres seigneuriales, le cours de la justice menait immanquablement à la potence, et bientôt Ambroise Woittremond se balança au bout d’une corde. »