Selon une habitude bien établie, L’Etat ne dit jamais le réel aux français, incapables à ses yeux d’appréhender sa complexité, à fortiori si cette complexité n’est qu’un paradoxe qu’il convient de taire, savoir que notre modèle économique prétendument progressiste basé sur la surconsommation détruit de façon irrémédiable notre planète et réduit les possibilités d’avenir. La mort, dont Philippe Ariès a démontré qu’elle était désormais tue (cachée, on meurt seul à l'hôpital), est plus que jamais dissimulée sous le tapis du consumérisme mondialisé, raison pour laquelle les français ne portent pas le masque qu’ils réclamaient au mois de mars, se réunissent sans précaution aucune pour oublier un confinement de deux mois… comme s’ils avaient souffert de la guerre et de ses privations pendant 4 ans. Indécence liée à un amenuisement des repères moraux, culturels, induit par un modèle de société qui réduit l’individu à n’être qu’un consommateur. Comment s’étonner dés lors que la démocratie, dont le civisme est garant, soit en repli puisqu’il ne reste d’elle que le droit de choisir entre des marchandises ?

L’échéance présidentielle approchant, le thème de l’insécurité resurgit une fois encore dans le débat pour mieux occulter l’insécurité économique et la paupérisation, auxquelles s'ajoute aujourd'hui l’insécurité sanitaire résultant d’une compétition économique mondiale sans règles et d’un tourisme de masse dont l’objet n’est pas de satisfaire la curiosité intellectuelle mais le narcissisme d’homo touristicus, et de dégager des profits. Avec la crise sanitaire, l’Etat libéral (non-interventionniste), c’est le pompier qui voudrait éteindre l’incendie qu’il a laissé se développer sans agir sur l'organisation sociale et le mode de vie.
Faut-il le préciser, les violences envers les personnes augmentent réellement (multipliées par 2,5 en dix ans), mais il est révélateur que ce fait ne soit pas mis en relation de cause à effet avec un modèle de société globalement et toujours davantage insécure(1).

Ces violences ne sont pas l’apanage des villes et banlieues. Elles atteignent les zones rurales où l’éventail des délits s’élargit. Tradition oblige, si l’on constate toujours des faits de maraude et de braconnage : « dans quelques- unes de nos provinces, expliquait Buffon, on donne le nom de hobereau aux petits seigneurs, et plus particulièrement, au gentilhomme à lièvre (disparu – le lièvre, pas le hobereau -, victime des pesticides) qui va chasser chez le voisin sans en être prié, et qui chasse moins pour son plaisir que pour le profit », les violences verbales et physiques, notamment envers les élus, augmentent, ainsi que les délits routiers. Pour prendre un exemple, alors qu’à Hierges la municipalité s’interroge sur le sens de la circulation, le citoyen lambda constate qu’un tel volume de circulation n’a tout simplement pas de sens. De fait, les sujets du roi Philippe ayant conservé l'habitude prise durant le confinement et la fermeture des frontières de traverser le village pour éviter les voies surveillées, le trafic s’est considérablement intensifié. Et si les Italiens - alors que les français ont définitivement répudié Descartes - sont devenus au sortir du confinement des modèles de civisme en portant en permanence le masque et en respectant gestes barrières et interdictions (la conservation du modèle familial classique atténue le déni de la mort), les wallons d’outre Jonquière sont emportés par une rage de conduire exempte de toute prudence et politesse au motif « qu’ils doivent rouler à volle pétrole pour leurs affaires » : excès de vitesse, inobservation des distances de sécurité qui fait écho au non-respect de la distanciation physique à l’encontre du Covid, klaxonnements abusifs, gestes inélégants (c’est un euphémisme), etc. Tout europhile que l’on soit, et alors que sont venus s’installer ces dernières années dans le village les citoyens belges les plus éduqués (cela n’a pas été toujours le cas, quelques individus peu recommandables – issus du lumpenprolétariat ou profiteurs de guerre – ayant par le passé posé leurs valises côté français), ce comportement n’est pas celui que l’on attend des européens entre eux.

Reste que pour Emmanuel Macron, ces actifs participent à l’économie, contrairement aux Amish qui, comme l’homme africain de Nicolas Sarkozy, ne seraient pas « entrés dans l’Histoire » (sans doute parce que pas ou insuffisamment pilleurs) … l’ancien président administrant au demeurant une nouvelle fois la preuve que l’homme occidental qu’il incarne est sorti de l’Histoire par la petite porte en se demandant publiquement cette semaine « s’il est encore possible de dire le mot singe alors qu’il n’est plus possible de dire le mot nègre ».
En politique, la tempérance n’est décidément plus une vertu.

(1) Dans son ouvrage paru en France en 2005 chez Christian Bourgois, Dominer le monde ou sauver la planète, Noam Chomsky citait l'analyse du National Intelligence Council (NIC) sur l'évolution de la mondialisation : "Son évolution sera très heurtée, marquée par une volatilité financière chronique et une fracture économique plus nette" (...) "A mesure que cette forme de mondialisation va se développer, l'aggravation de la stagnation économique, de l'instabilité politique et de l'aliénation culturelle, va stimuler l'extrémisme ethnique, idéologique et religieux, ainsi que la violence qui l'accompagne souvent".