En 1988, le maire, Roger Renard, favorable à l’acquisition du château avait renoncé, alors que le contexte était propice, en raison d’une opposition de poids au sein même de son conseil. En 2001, l’inconséquente commune - si ses représentants ne le sont pas et poursuivent parfois avec opiniâtreté des desseins étrangers à l’intérêt général - était cependant devenue propriétaire d’un bois attenant détenu par la commune de Doische au terme de folles enchères (au sens littéral du terme), rappelant celles qui avaient donné lieu à réitération évoquées par André Majewski pour la vente des biens de la princesse Lancelotti au tournant des années 1920-1930. Ce bois sert depuis les intérêts de l’Amicale (sic) des chasseurs de Hierges, preneur à bail.
Pour revenir à l’annonce de la mise en vente du château, il apparaît normal qu’elle requiert « toute l’attention du Conseil Municipal », l’hypothèse de son rachat par un investisseur privé fort éloigné des préoccupations de son actuel propriétaire et de ses prédécesseurs n’étant pas à écarter. Et l’on comprend que les élus veuillent s’assurer que ce patrimoine classé ne soit ni totalement privatisé ni avili. Faut-il pour autant que la commune se porte acquéreur ?

La loi NOTRe 2015 dispose l’intercommunalisation obligatoire de la compétence « promotion du tourisme » à compter du 1er janvier 2017. Dans les faits, l’obligation pour les communautés de communes se limite à devoir assurer la création d’offices du tourisme. Rien n’interdit cependant d’intercommunaliser sur la base du choix volontaire d’autres compétences, facultatives, en particulier la gestion des sites touristiques, où de décider que la communauté, Ardennes Rives de Meuse en l’occurrence, se portera acquéreur d’un monument - le château de Hierges - particulièrement important pour la promotion du tourisme dont elle a la responsabilité. Une communauté de communes (mutualiser des services, c'est bien, fusionner, c'est mieux, intercommunaliser, c'est devenir adulte) est en effet plus à même de supporter les dépenses et d’établir un projet suffisamment abouti pour répondre aux exigences de motivation posées par l’article L.210-1 du Code de l’Urbanisme (décision de préemption). Autre possibilité, l’acquisition du monument par la Région suivie d’un transfert de propriété au profit d’Ardenne Rives de Meuse.

A Hierges, le conseil municipal vit donc, selon ses propres mots, « une période de questionnement », ce qui est de nature à rassurer sur son aptitude administrative. Si d’aventure, l’incertitude faisait place à la conviction qu’il est de la responsabilité de la commune d’acquérir le château, se poserait alors la question de la justification du projet qui ne peut pas être... incertaine, et d’incertitudes, en résolutions, en perplexités, de l’eau pourrait couler sous le pont de la Joncquière avant qu’un(e) maire arbore le blason de châtelain(e).
Les collectivités territoriales font rarement preuve d’expertise en matière de gestion, de conservation, de mise en valeur du patrimoine bâti dont elles ont la charge, classé ou non. Et dans les petites communes, les élus qui se glorifient de cette richesse ferment les yeux (il ne faut pas insulter l’avenir électoral) sur les infractions au code de l’urbanisme de leurs administrés, voire ignorent eux-mêmes les prescriptions de l’Architecte des Bâtiments de France. En l'espèce, les personnes physiques propriétaires de monuments classés sont souvent plus engagées, respectueuses de l'intégrité des bâtiments, et efficaces. Le remplacement de l’Amicale des chasseurs de Hierges par une chasse à courre – abolie en Angleterre depuis 2005 – permettrait à n’en pas douter d’attirer un anglais amoureux des vieilles pierres s’aventurant pour l’occasion plus loin que le littoral atlantique.
Reste que la probabilité que la commune de Hierges demeure seule en lice pour acheter le château n'est pas à négliger. Libre à chacun de proposer une ou plusieurs affectations.Sigmaringen.jpg On peut, puisque la municipalité s’interroge sur d’éventuels partenariats, incliner vers l’exposition d’objets d’art mosan prêtés par musées et galeries présents de chaque côté de la frontière. La transformation des grands communs en hôtellerie devrait être écartée, le risque existant que des clients avinés dégringolent du piton rocheux jusque sur la place de la fontaine, et l’expérience a prouvé – absit reverentia vero – qu’il n’y avait de Melusine que celle de la légende. Par contre, la création d’un Ehpad, avec tous les avantages que cela comporte, recevrait l’assentiment d'une population soucieuse de s'offrir un peu de tranquillité en mettant le château à disposition de ses anciens, coupables quelquefois d'une construction irrégulière expliquée par une prétendue petite retraite. Parcs et jardins continueraient d’être accessibles au public. Les pensionnaires, mémoires vivantes du village – à défaut d’être toujours dignes de foi – serviraient de guides pour les visites. La vie, là-haut, aurait un côté Sigmaringen, rancoeurs, jalousies, complots, trahisons aidant…Les ténèbres, terminus Hierges