Les communes dépensent 53% du budget des collectivités locales avec des projets plus résidentiels qu'économiques. Leur nombre n’est pas garant de la démocratie, il est une construction favorisant le micropolitique, soit un monde ségrégué, et la sur-représentation des zones rurales peu peuplées du fait du nombre anachronique de « petits maires ». Cette construction fait la part belle aux liens familiaux, claniques, et crée des lieux de micro-réseaux et de micro-pouvoirs.

On affecte dans ces territoires de se féliciter de l’arrivée, censée enrayer le déclin économique et démographique, de néo-ruraux, que l’on veut bien accueillir pour conserver un nombre d’habitants permettant de maintenir le niveau des dotations versées par l’Etat. En réalité, ces néo-ruraux, sensibles aux thèses écologistes et à la préservation du paysage, sont écartés de la gestion des communes par un front (à l'image de celui de LREM et de LR destiné à contrer les listes écologiques) constitué d’agriculteurs productivistes et d’autochtones salariés du tertiaire, en particulier des entreprises contrôlées par l’Etat, adeptes du mode de vie consumériste. Ce modèle est précisément celui que refuse les nouveaux venus partisans de la décroissance où de l’a-croissance, de la protection et du partage des espaces naturels, dont les revendications sont rejetées par l’alliance conservatrice en responsabilité qui se revendique d’une prétendue tradition et d’un épicurisme de terroir en vérité contraires à la culture paysanne ancestrale respectueuse de la nature et à la frugalité qui a longtemps caractérisé les habitants des campagnes. Les positions par rapport à la chasse sont emblématiques des antagonismes en présence, l’accaparement des milieux naturels par les chasseurs (état dans l’état ou contre-état selon l’assemblée communale en place) étant vécue comme un archaïsme et une confiscation par les adeptes d’autres pratiques. Sans réclamer l’interdiction de la chasse, ceux-ci demandent un partage équitable et raisonnable dans l’utilisation de ces espaces (il est inconséquent d’autoriser par exemple la pratique de la chasse sur un parcours aménagé avec des agrès de sport) et un contrôle accru des chasseurs sur le respect des règles de sécurité et des prélèvements autorisés.

Alors qu’en ville, les problématiques écologiques font débat, elles restent ignorées du plus grand nombre dans les zones rurales, du fait de leur rejet par un microcosme politique culturellement homogène défendant des intérêts particuliers au détriment de la préservation de la nature et de ses ressources, et d’une tendance des habitants au déni par crainte des conflits et parce que la pollution reste associée dans leur esprit à la ville sans que se fasse une prise de conscience des méfaits de l’agriculture productiviste, plus grande contributrice au réchauffement climatique par ses émissions de gaz à effet de serre, responsable de l’épuisement des sols (c’est un néo-colonialisme*), de la pollution des cours d’eau, de la disparition de la biodiversité, mais aussi avec le glyphosate de cancers, de la maladie de Parkinson, de pathologies rénales.

Si la fusion des petites communes et l’élection au suffrage universel direct de leurs représentants (maires) peut être le remède à la crise de la démocratie représentative que l'on observe du fait de l'existence d'un système de micro-pouvoirs et du déficit d'offre politique induit, seul un retour au métier de base pour les agriculteurs (savoir-faire, polyculture, baisse des intrants) pourra répondre à la crise écologique des territoires ruraux. Compte tenu du contrôle qu’exerce le lobby agricole sur les assemblées territoriales et l’Etat (les chambres d’agriculture, tenues par la FNSEA, entravent la mutation vers l’agriculture biologique), ce n’est pas pour demain.

« Il faudrait construire les villes à la campagne, écrivait Louis-Auguste Commerson, l’air y est plus sain ». Peut-être faudra-t-il se résoudre un jour à mettre les villages en ville.

  • L'exploitation à outrance par les pays riches de l'ensemble des ressources de la planète (globalisation) est à la fois un expansionnisme classique et un nouvel impérialisme dans le sens où elle épuise les possibilités d'avenir des générations suivantes.