Situation que l’on doit à l’improbité de ces élus, à l’inconséquence des électeurs stigmatisant (en la généralisant) la corruption chez les élus nationaux mais ignorant celle d’élus locaux parfois transformés en martyrs (Saint Patrick et Sainte Isabelle Balkany terrassés par une justice accusée d'être aux ordres), à la cécité volontaire de co-listiers et d’intéressés à divers titres, et au fait que la constitution ne soit toujours pas modifiée par une inscription disant qu’un casier judiciaire vierge est requis pour être candidat à un mandat électif. A Triffouillis-les-Oies, on n’a pas à faire l’effort d’imaginer un candidat poursuivi, voire condamné, on l’a sous les yeux... quand bien même on préfère les fermer.

L’exemplarité est une vieille lune à laquelle ne croient plus que de rares solitaires qui la cherchent en eux à force de ne la rencontrer nulle part et qui par oubli de soi ne la trouvent pas. Cependant, pour ne pas désespérer et parce que le couperet des électeurs atteint parfois Pierre Mendès France (défait en 1958 pour s’être attaqué aux bouilleurs de cru) plutôt que Serge Dassault, mais aussi parce que la morale va au delà de ce que prévoit le droit, il ne faut renoncer ni à cette exigence ni à modifier la loi. L’inéligibilité, rarement prononcée (Dassault a néanmoins été condamné in extremis à 5 ans d’interdiction de se présenter devant les électeurs), devrait venir sanctionner les élus, à fortiori les récidivistes, reconnus coupables des délits sus-cités. Ce n’est pas ce que pense le maire LR de Ouistreham (Calvados), Romain Bail, condamné à deux reprises pour faux et usage de faux, et très loin de faire amende honorable : « Je ne vois pas pourquoi il faudrait payer une deuxième fois sous prétexte d’une morale et d’une bien-pensance ». Les principes moraux - puisque la bien-pensance en l’espèce n’est pas autre chose - ne sont plus pour des élus jouant sur les faiblesses de la loi et pariant sur l’habileté des robes noires, des valeurs républicaines mais un radotage sermonneur.

Quand l’affirmation d’une éthique de la conviction – qui n’est pas absence de responsabilité - est réduite à n’être que communication politique (l’important n’est plus de croire, mais de faire croire que l’on croie), son auteur ne s’estime plus tenu de respecter ses engagements - soit de faire son devoir -, ni responsable envers quiconque du résultat de son action. Cet évidement de l’éthique est observable aussi bien chez les individus que parmi les groupes, à l’image de la gauche libérale mondialiste dont le discours de campagne anticapitaliste et universaliste est en contradiction avec la politique économique néolibérale qu'elle mène une fois aux affaires et sa « culture de l’indignation » communautariste (il ne faut pas offenser les minorités culturelles, raciales, sexuelles, de genre... et bien entendu les individus convaincus de délits sur lesquels il est interdit de porter un jugement moral au motif que la sanction judiciaire suffit dans une société délivrée des carcans moralisateurs), politique funeste pour le citoyen et culture éloignée de ses préoccupations, responsables des succès en réaction des droites populistes en Europe.
Devant ce détournement et ce délitement de l’éthique de la conviction, il importe de rétablir l’éthique de la responsabilité - éthique qui n’est pas synonyme d’absence de conviction - seule capable de placer chacun devant les conséquences prévisibles de ses actes et de l’obliger à en répondre. Cela passe par la prise de conscience que l’individualisme – pas moins développé chez ceux qui aspirent à un rôle d’élu que parmi la majorité - n’est plus synonyme de liberté (aspiration à l'autonomie individuelle ou individualisation) mais d’égocentrisme, de conscience mais d’improbité, de raison mais d’égarement, de création mais de destruction.