Plus fréquemment que pour les autres, les personnes en grande difficulté matérielle occupent des logements privés d’équipements économiseurs d’eau, logements qui sont aussi des passoires énergétiques. Cercle vicieux que l’Etat ne parvient pas à casser, même lorsqu’il veut s’attaquer à ces inégalités avec des dispositifs que des entreprises sans scrupules chargées de mettre en œuvre corrompent à des fins d’enrichissement rapide (voir encadré du Particulier de janvier 2020).Le_Particulier__2_.jpg

La consommation et le prix de l’eau doivent impérativement être contenus par l’action des pouvoirs publics (un tarif progressif incluant une première tranche de consommation gratuite pour les familles, modulé en fonction des revenus, constitue une piste intéressante parmi d'autres), tout en reflétant son véritable coût, en ce compris celui d’un assainissement répondant aux normes. Or, aujourd’hui, on constate – et ce constat n’est certainement pas étranger à l’adoption de la loi NOTRE décidant le transfert de la compétence eau et assainissement vers les intercommunalités - que les communes rurales ne sont pas, ou trop faiblement, équipées, en raison pour certaines d’un manque de financement et pour d’autres d’une tendance à remettre au lendemain des travaux lourds - qui plus est à faible valeur ajoutée électorale -, et se refusent, pour ce motif, à augmenter le prix de l'eau, quitte à compenser la différence entre le prix facturé et le prix réel par des participations du budget général, alimenté, faut-il le rappeler, par les contributions (en ne supportant plus cette charge, les communes se placeraient dans la situation de pouvoir baisser les taux communaux de la Taxe Foncière et/ou de la Taxe d'Habitation, ou de financer des investissements), et ferment les yeux sur la pollution de leur environnement par le rejet dans les rivières des eaux usées (comme le gouvernement feint d’ignorer la volatilité des pesticides en décidant de fixer leur épandage à une distance de 5 à 10 mètres des habitations alors qu’elle devrait être comprise, à minima, entre 100 et 150 mètres).
Pour prendre un exemple local, ceux qui prétendent faussement - élus ou opposants - que l’on pourra objecter toujours après 2026 contre le transfert vers la Communauté de Communes Ardenne Rives de Meuse de la compétence eau et assainissement (adopté souverainement par les Conseils municipaux de plus de 75 % des communes représentant plus de 80 % de la population de l’intercommunalité), et qu’il ne sera pas devenu illégal (ou que cette illégalité sera sans conséquence) de faire prendre en charge partie du prix de l’eau par la commune, n'agissent pas différemment de ceux qui s’opposaient, il y a vingt ans, à la création de cet outil protégeant le patrimoine (architectural, paysager…) qu’est le Plan Local d’Urbanisme (PLU), en essayant de faire croire qu’avec ce document introduisant pour la commune un droit de préemption urbain : « il serait interdit de transmettre sa maison à ses enfants (sic) ».

Nul n’en disconvient : l’eau n’est pas une marchandise comme une autre (comme ne devraient pas l’être des médicaments remboursables-entre autres anticancéreux – qui, bien que non libres, flambent scandaleusement, en dépit du contrôle du Comité économique des produits de santé), et c’est justement parce-qu’elle est précieuse et qu’elle doit être préservée que son prix doit être juste. Ne pas tenir compte de cette réalité en facturant artificiellement à son utilisateur un prix ne correspondant pas à sa valeur revient à encourager sa gabegie, à laquelle, pour ouvrir une parenthèse, peuvent parfois ne pas être étrangers des compteurs infirmes que la Communauté de Communes prévoie de remplacer une fois le transfert de compétence effectif.
Au surplus, les variations importantes du prix de l’eau entre les communes d’un même territoire contrastent avec le principe de péréquation, rappelé par le Représentant de l'Etat, visant à corriger des différences ressenties à bon droit comme des injustices.

Si l’on observe depuis vingt ans un mouvement de « remunicipalisation » (même s’il a lieu à l’échelle de l’intercommunalité) de la gestion de l’eau en réaction à sa marchandisation accrue et au manque de transparence de certains fournisseurs (en 2000, la part de la population française desservie par un organisme public était de 28%, elle est de 40 % aujourd’hui), ce modèle est conditionné par un engagement politique (tel que celui rencontré jusqu’alors à Vireux qui, pour rappel, fournit Hierges en eau potable depuis le milieu des années 1990, l’eau provenant de leur source offerte auparavant aux Hiergeois étant devenue impropre à la consommation en raison d’une pollution aux nitrates récurrente), et une cohésion des élus qui ne se manifestent pas forcément partout.
Reste alors la possibilité de déléguer, en visant les conditions les plus avantageuses possibles pour l’abonné, et cela, une intercommunalité, de par sa taille, est plus à même de l’obtenir qu’une petite commune agissant pour un nombre d'habitants réduit.

Pour emprunter au Maire de Hierges, qui reçoit ses administrés à ce sujet en mairie sur simple demande : « le changement (en cours) suscite des questions légitimes »... administrés dont la situation actuelle, en dépit de la renaissance de leur château, est et devrait rester plus enviable que celle des Bouillonnais en 1406, assiégés dans leur forteresse par les milices de Dinant qui, selon un chroniqueur de l’époque, « faisaient tous leurs besoins dans des tonneaux, et puis jetaient cette merde par engins dans la forteresse, infectant toutes ses citernes d’eau.» (Les sièges empoisonnés. Article de Laurent Vissière. Historia n°51 janvier-février 2020).