Ce qui frappe dans cette conversation, outre l’intérêt hors du commun des protagonistes pour les idées, c’est le portait du fils que l’on voit se dessiner en miroir à travers l’évocation du père. La curiosité intellectuelle, le refus de tout dogmatisme, la tolérance, la pondération, l’intelligence créatrice du portraituré, se reflètent dans le regard du portraiturant.
La réponse de Jacques Pirenne à la question « Henri Pirenne était-il croyant ? », avec ses réminiscences que l'on devine essentielles, dévoile par réflexion le propre visage de son auteur : « Souvent, à Noël ou à Pâques, il entrait dans une église, se mêlait à la foule des chrétiens et se recueillait. Mon père était un esprit libre, des plus tolérants, il écoutait ses interlocuteurs, comparait leurs points de vue et respectait avec une loyauté scrupuleuse, farouche, les convictions philosophiques et religieuses. Etait-il croyant et jusqu’à quel point ? Je vous dirai, très simplement, que je n’en sais rien. Déiste, certainement, mais il avait coutume de dire qu’il n’avait pas besoin de certitudes. Il avait un magnifique courage de vivre, une émouvante confiance dans l’avenir de l’humanité mue par les forces économiques, mais inspirée par les forces spirituelles(…) »
On pense à l’idée de Vaterreligion (religion du père) développée par Freud, à cette disposition du père à installer une religion propre, à créer à côté du lien du sang un lien de filiation spirituelle, d’autant plus fort ici que père et fils ont choisi le métier d'historien…

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