Le gouvernement, reconduisant la stratégie de faux-fuyants développée pour éteindre la contestation des Gilets Jaunes, a indiqué par la voix d’un porte-parole du ministère de l’agriculture « soumettre à consultation un projet de décret qui part des recommandations scientifiques de l’ANSES ».
Le Président de la République étant garant de la santé de tous, il faut croire que l’Etat ignore de fait ce que tout le monde sait : que l’ANSES protège les intérêts de l’agro-industrie au détriment de la santé publique et qu’elle est de connivence avec la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), défenseur acharnée de l’agriculture intensive et des pesticides.
Ces pesticides, SDHI ou « fongicides inhibiteurs de la succinate déshydrogénasse », s’attaquent à l’enzyme SDH (succinate désydrogénasse) - enzyme essentielle à la respiration des cellules - notamment sur les champignons, les vers de terre, les abeilles, les humains. Avec les résultats que dénonce le journaliste Fabrice Nicolino - auteur d’une enquête édifiante sur l’ANSES -, soit la disparition de la biodiversité, la stérilisation des sols, le développement de maladies (maladies neurodégénératives, Parkinson, Alzheimer, tumeurs cérébrales, cancers de la prostate, du sang, du sein, du système lymphatique…) liées aux anomalies de fonctionnement de la SDH : « Les pesticides, composés de nanoparticules, passent la paroi des cellules et pénètrent jusqu’au plus profond du cerveau et des poumons. Elles passent les costumes de protection des agriculteurs qui épandent des pesticides, pénètrent leur peau. »
facebook_1568111654538.jpgCes agriculteurs, qui ignorent objectivement ce que recouvre le vocable technico-scientifique servant à désigner les composants sur les sacs de glyphosate, mais qui savent de façon intuitive depuis 50 ans (la dose journalière admissible de pesticide a été mise au point dans les années 1950) que ces substances sont dangereuses, et se les sont pourtant laissés imposer, sous influence de la FNSEA, des chambres d’agriculture et des Directions régionales de l’agriculture, instances promouvant l’utilisation massive des pesticides.

Par jugement en date du 15 janvier 2019, le Tribunal Administratif de Lyon a annulé l’autorisation de mise sur le marché du Roundup Pro 360 prise par l’ANSES le 06 mars 2017, considérant que l’ANSES avait « commis une erreur d’appréciation au regard du principe de précaution ». On peut légitimement penser que cette décision de justice aurait dû amener l’ANSES à modifier sa position sur les pesticides. Il n'en est rien, puisqu'elle oppose une fin de non recevoir agressive à Pierre Rustin, chercheur et spécialiste des maladies liées aux anomalies de fonctionnement de la SDH, dont les travaux prouvent la dangerosité extrême des pesticides. Dans les faits, l’ANSES, financée par des fonds publics, est dirigée par des lobbyistes de l’agro-industrie. Il n’est pas anecdotique que son directeur général, Roger Genet (reconduit dans ses fonctions par décret du Président de la République en date du 03 juin 2019), ait embauché comme directrice de cabinet et de la communication une ancienne collaboratrice de Monsanto. Et il serait illusoire de croire que le gouvernement chargé d’exécuter la politique décidée par le Président de la République, pourrait logiquement prendre la mesure qui s’impose, à savoir dissoudre l’ANSES. Il faut au contraire se faire à l’idée que l’application du principe de précaution est en recul par rapport aux deux mandats présidentiels précédents, Emmanuel Macron, dont la pensée s’est construite dans les années 1980-1990 au temps du libéralisme économique triomphant (capitalisme à court terme par opposition au capitalisme des parties prenantes des Trente Glorieuses), soumettant toute décision au primat économique, quand bien même l’accroissement des inégalités et les réactions populistes qui en résultent, l’épuisement et la destruction de la planète, démontrent l’essence délétère de cette idéologie (si le résultat n’est pas celui que nous attendons, c’est que la dérégulation libérale n’a pas été poussée assez loin). Nul doute qu’au bout du bout d’une consultation que Fabrice Nicolino qualifie d’indigne de la part d’un président de la république et de cadeau fait à la FNSEA, il fera sienne la position de sa présidente, Christiane Lambert : « que ces gens là arrêtent de délirer, cette zone de non culture* va représenter 15 % des surfaces cultivées pour certains agriculteurs ? Qui va payer ? La perte des revenus, qui va la prendre en charge ? Il faut aussi se poser cette question, on raisonne économiquement. »

  • Corrélativement à l’intensification de l’utilisation des intrants, entre autres des pesticides (résistance des maladies, des "mauvaises herbes", des "ravageurs"), les rendements sont en baisse constante depuis 15 ans (épuisement, puis mort des sols).