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« Hierges : Une ruine, entretenue avec un goût, une propreté qui sent la Belgique proche. Le château du reste, fut du pays de Liège, des Pays Bas, d’Empire jusqu’en 1774 et l’actuel propriétaire M. Jacques PIRENNE, l’historien philosophe des « Grands courants de l’histoire universelle », est Belge lui aussi. Une demeure sobre d’architecture, de modernes jardins où l’eau s’allie aux fleurs, harmonisent ces ruines.

Selon M.Henri Manceau (1), le château aurait été construit vers 1570 époque également où fut dressée l’église. Mais, l’Ardenne, parfois, préfère la légende à une trop précise histoire et pourquoi ne pas voir avec les poètes Henri d’Achemont ou Jean Rogissart les trois Croisés Héribrand, Geoffroy et Vauthier, fils de Hierges s’en aller vers la Terre Sainte, tandis que leurs infidèles épouses sont changées en rochers. Le lieu se prête à une telle évocation et les fouilleurs d’archives concédant pour cette fois à la légende, la base de l’histoire, parlent d’un Manasès de Hierges, fameux croisé.

Hierges intéresse d’une façon sérieuse l’histoire de Sedan. Gilles II de Hierges était avoué de l’Abbaye de Mouzon. Mort sans enfant, sa sœur Berthe est l’héritière et s’allie aux Jauche, nos premiers Seigneurs. Marie, dernière de cette famille épouse Hugues de Barbançon, mais nous retiendrons surtout le nom de Jean de Barbaçon qui en 1398 cède Sedan à Charles VI. Robert II de la Marck fut également mêlé à l’histoire de ce château. Tuteur de ses neveux les Croy de Chimay, il fut à propos de Hierges en compétition avec le sire d’Aymeries (soutenu par Charles Quint). La Cour de Bouillon en appelle devant la cour des Pays Bas, Charles Quint le lui adjuge. Robert II réclame…mais n’en éprouve que dépit. Une série de mariages finit par tout arranger entre cousins autrefois ennemis. En 1554, lors d’une attaque française, le château ne fut pas défendu (2). Au XVIIIeme siècle les Egmont puis les d’Arenberg en furent propriétaires sans l’habiter. 1792, la Révolution ! Gardes nationaux et volontaires de Givet marchent sur Hierges croyant y trouver des armes…ou le pillage, ce qu’ils firent avant de l’incendier et de marteler au porche de l’église les blasons de ceux qui n’étaient plus leurs seigneurs. »

(1) Henri Manceau "Le château de Hierges" L'automobilisme ardennais n°79 juillet-août 1951
(2) il fut détruit ainsi que l'église.