Ce qui ne va pas l’aider à se départir de son image de Thermidorien, ce sont les clichés de son couple sur le perron de l’Assemblée Nationale et du Ministère de le Transition Ecologique et Solidaire (pour son cas, la transition est acquise, la solidarité non) sur lesquels Séverine de Rugy s’offre aux objectifs drapée dans une robe digne des tuniques à l’antique de Thérésa Cabarrus (épouse de Tallien - un des artisans des massacres de septembre 1792 -, puis compagne de Barras) et autres Merveilleuses.
Alors, pour démentir les apparences, François de Rugy nie. Non, il n’aime pas le homard et le champagne lui donne mal à la tête, sans parler du mouton Rothschild à 500 euros la bouteille, boisson habituellement réservée aux repas de travail, comme chacun sait.
Le tort des Thermidoriens d’hier et d’aujourd’hui, c’est leur absence de discrétion, leur côté m’as-tu-vu, nouveaux riches de la politique et de la nouvelle économie. Fouquier-Tinville, thermidorisé le 7 mai 1795 en place de grève (« Qu’est devenu le citoyen Tisset - libraire partisan de la Terreur - ? » se demandait Balzac, « Il ne fut pas thermidorisé. » ), cachait sous son costume de juge lors du procès de Marie-Antoinette une médaille de la vierge. À la reine mise en accusation, il avait cependant fait grief d’avoir conservé dans ses effets à la Conciergerie, un scapulaire (petit morceau de toile, sur lequel se trouve un cœur enflammé traversé d’une flèche) : « J’observe que parmi les accusés qui ont été traduits devant le Tribunal comme conspirateurs, et dont la loi a fait justice en les frappant de son glaive, on a remarqué que la plupart, ou, pour mieux dire, la majeure partie d’entre eux, portait ce signe contre-révolutionnaire. » Sa discrétion ne l'a pas préservé lui-même de l'échafaud que lui avait fait mériter son zèle dans l'obéissance à la Terreur légalisée.
À l’époque des gilets jaunes, il est aussi des signes fâcheux, et le homard, à fortiori Thermidor, fait furieusement contre-révolutionnaire. Il y a chez LREM un giscardisme - tout laisse à penser que Giscard, cet autre grand sensible plus Orléanais que Thermidorien : « vous n’avez pas le monopole du cœur » asséna-t-il à un François Mitterrand médusé, appréciait le homard - faisant fi de toute prudence et qui pour justifier à posteriori l’utilisation d’argent public pour toute dépense invoque la disparition des frontières entre sphère privée et sphère publique et le retour à un tout politique (au sens de l’organisation et de l’exercice du pouvoir) théorisé par Talleyrand : « Sire (à Louis XVIII), j’ai plus besoin de cuisiniers que de diplomates ». Au congrès de Vienne, en 1814, son chef attitré, Antonin Carême, fera figurer le homard sur la carte des grands dîners donnés par le ministre, qui ne se départira jamais de son habitude d’œuvrer à la poursuite de fins politiques au moyen de réceptions privées, notamment dans son hôtel particulier de la rue Saint-Florentin. Las, François de Rugy ne possède pas à Paris un tel bien où personne ne serait allé vérifier le menu et la qualité des invités, ni si le cuisinier de l’Hôtel de Lassay (résidence du président de l’Assemblée Nationale) y faisait des heures supplémentaires payées sur l’enveloppe dédiée aux frais de représentation du président.

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Gravure d'Omer Résic

À défaut d’être dans tous les estomacs, ce homard, depuis les révélations de Médiapart, est dans toutes les têtes. Curieusement, parfois. Ainsi, notre vénérable ami, le dessinateur, graveur et lithographe, Omer Résic, longtemps Hiergeois, s’est-il vu rebaptisé Omar par le très entreprenant propriétaire du château dans une publication du 9 juillet reproduisant une très belle gravure des jardins. À noter que le château de Hierges, auquel André Majewski avait consacré des recherches, embelli encore par de récents travaux, est ouvert au public avec ses nombreux événements et animations (https://www.chateaudehierges.com/).
Avis aux curieux et passionnés. Amateurs ou non de mouton Rothschild, ou plus modestement, de mouton cadet.

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