L’église Saint-Hilaire a connu bien des vicissitudes par le passé dont les moindres résultent certainement des propos que Victor Hugo tenait sur sa conception extérieure, comme le rappelait en le citant, non sans humour, l’abbé François Pinard au journal l’Ardennais pour sa publication du 18 février 1978 : « Voici évidemment comment l’inventeur l’a composé : le brave architecte a pris un bonnet carré de prêtre ou d’avocat. Sur ce bonnet carré, il a échafaudé un saladier renversé, devenu plate-forme, il a posé un sucrier, sur le sucrier une bouteille, sur la bouteille un soleil emmanché dans le goulot par le rayon inférieur vertical. Enfin sur le soleil, un coq embroché sur le rayon vertical supérieur » (Le Rhin).
Hugo ne paraît jamais meilleur que lorsqu’il fait penser à Flaubert. On songe à la description de la pièce montée du mariage d’Emma et Charles Bovary :
« À la base, d’abord c’était un carré de carton bleu figurant un temple avec portiques, colonnades et statuettes de stuc tout autour dans des niches constellées d ‘étoiles en papier doré ; puis se tenait au second étage un donjon en gâteau de Savoie, entouré de menues fortifications en angélique, amandes, raisins secs, quartiers d’oranges ; et enfin, sur la plate-forme supérieure, qui était une prairie verte où il y avait des rochers avec des lacs de confiture et des bateaux en écailles de noisettes, on voyait un petit Amour, se balançant à une escarpolette en chocolat, dont les deux poteaux étaient terminés par deux boutons de rose naturelle, en guise de boules, au sommet. »
On envisage sans difficulté l'arme imparable des artisans boulangers-pâtissiers du centre ville de Givet pour tenir la dragée haute à Marie Blachère : une pièce montée figurant l’église Saint-Hilaire, baptisée l'Extraordinaire, symbole de l’identité givetoise retrouvée, que touristes et autochtones achèteraient religieusement comme les lillois et leurs visiteurs le font pour le Merveilleux.

Flaubert, moins chanceux que Hugo, a eu maille à partir avec un autre Pinard, pas spirituel pour un sou, celui-là : Ernest Pinard (1822-1909), procureur impérial dont le réquisitoire contre le caractère licencieux de Madame Bovary est passé à la postérité inextinguible de la bêtise. L’écrivain sera relaxé et le procureur Pinard se vengera sur Baudelaire en obtenant sa condamnation pour atteinte à la morale et aux bonnes mœurs, et l’interdiction de publication de certaines pièces des Fleurs du Mal. Ce haut-fait lui vaudra la légion d’honneur en 1858, puis le portefeuille de ministre de l’intérieur en 1867. Pour la petite histoire, il faudra attendre 1946 pour que le député communiste Georges Cogniot (1901-1978) propose l'adoption d'un texte législatif ouvrant la voie à la révision des procès littéraires. Gottfried_Honegger.jpg

Vitraux de Gottfried Honegger. Cathédrale de Nevers

Pour les motifs ou scènes des nouveaux vitraux de Saint-Hilaire, on aimerait un parti pris audacieux, à l’image des choix faits pour les églises de la reconstruction après 1945 avec des Chagall, Léger, Le Corbusier, ou encore Manessier (Il vaut mieux parier pour le génie sans la foi que pour un croyant sans talent, disait le Père Couturier), succédant aux dessinateurs et cartonniers des ateliers des maîtres-verriers de l’entre deux guerres chargés de concevoir des vitraux après les destructions des édifices religieux de la moitié nord du pays, artistes qui s’étaient alors tournés vers des sujets nouveaux, proposant des images de la modernité, tracteurs, paquebots, trains…que l’on peut contempler aujourd’hui encore à côté d’un vitrail du souvenir (dit « des morts ») représentant un soldat tombé au front. Pour ouvrir une parenthèse, cette volonté d’innover devrait présider au choix du projet de reconstruction de Notre-Dame de Paris avec, exemple abondamment cité, une grande verrière - l’Eternité. C’est la mer (le ciel) allée avec le soleil (Rimbaud) - qui renouerait avec l’esprit gothique, c’est à dire la recherche de la lumière, loin du kitsch médiéval de Viollet-le-Duc.
En voyant les vitraux remarquables de Gottfried Honegger pour la cathédrale de Nevers, j’imagine pour ma part ce qu’apporteraient des verrières de ce type à Saint-Hilaire.

Saint-Hilaire.jpg