Le jaune étant traditionnellement écarté en politique à cause de la trahison qui lui est attachée, seules de prosaïques raisons ont présidé au choix des gilets du même nom : chacun dispose par obligation d’un gilet jaune dans son véhicule et la contestation première porte sur la hausse prévue du prix du carburant touchant précisément les utilisateurs d’automobiles et de deux roues.
Las, le jaune symbolise aussi la corrosion effective du mouvement et, au fur et à mesure qu’elle est révélée, sa perméabilité à ceux qui le dévoient, ultradroite, négationnistes, casseurs, et trompeurs par nature prenant le train en marche parce que l’occasion de tromper se présente.

le_Christ_jaune_Gauguin.jpgAu contraire du gilet jaune, adopté sans être choisi, un attribut vestimentaire ou autre de couleur jaune est parfois choisi par un individu enclin au mensonge et à la défection. C’est porter haut les couleurs de la trahison, avec un plaisir malsain d’autant plus fort qu’elle n’est pas perçue. Car décider de porter une veste de ville jaune ou de conduire un véhicule jaune (il est remarquable et parfaitement explicable compte tenu de la symbolique négative attachée au jaune que peu de véhicules soient de cette couleur) n’est pas anodin. En effet, si le jaune est associé aux persécutés et aux exclus (étoile jaune, culotte jaune du bagnard à Rochefort au XVIIIe siècle), il est aussi la couleur de ceux qui se revendiquent hors la loi (les costumes et chaussures jaunes des truands dont se sont souvenus Jacques Deray, Brian de Palma ou Scorsese) ; il symbolise également la vanité, la présomption, l’arrogance, l’envie, la jalousie, l’avarice, l’égoïsme, l’amertume (bile jaune). On ne s’étonnera pas alors que le mouvement des gilets jaunes initié et suivi par des personnes respectueuses de leurs devoirs et du principe d’égalité (condition du progrès) ait rapidement attiré des personnages uniquement soucieux de se mettre en scène ou de revendiquer un égalitarisme vecteur de paupérisation car niant l'unicité de l'individu et ne reconnaissant aucun devoir en échange des droits.
Le jaune est ambivalent, le mouvement des gilets jaunes aussi : le bon grain y côtoie l’ivraie.


  • Michel Pastoureau et Dominique Simonnet, Le petit livre des couleurs, Points Histoire.