Il y a dans l’air comme un parfum de fin de système qui dépasse la personne du président et concerne une classe politique à l’état de ruine. On ne manquera pas de souligner les propos d’un chef de l’Etat aux abois dont le succès électoral s’est bâti en opposition aux partis traditionnels et qui réclame aujourd’hui leur soutien : « le moment que nous vivons n’est plus à l’opposition politique », mais on relèvera également l’attitude des dirigeants de ces mêmes partis réduits à des ombres depuis la présidentielle qui croient revenir dans le jeu à la faveur de la contestation et qui disparaîtraient définitivement avec lui s’il chutait, puisque perçus comme semblables s’ils sont concurrents.

Emmanuel Macron s’est inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs, affirmant un peu plus le choix d’une économie néo-libérale qui détruit le pacte républicain. Parallèlement, il s’est mis en scène avec une solennité renouant avec la fin de la troisième république et le début de la cinquième, différente en apparence de la pompe surannée des célébrations des quarante cinq dernières années en raison d’un caractère martial, ou jupitérien comme on voudra, supposément gaullien, que le microcosme parisien, revenu de ses pâmoisons, jugera bientôt d’opérette.

Plus qu’un graffiti non dénué d’humour, « les gilets jaunes triompheront », sur l'Arc de triomphe, qu’un Castaner assimile à une profanation, c’est la mainmise sur la République d'une coterie à l'étroitesse d'esprit toute jacobine formée à l'ENA qui apparaît sacrilège. Et plus que les deux ou trois monarchistes aperçus dans la foule à qui il fait grief de vouloir renverser la République, c’est l’opportunisme politique qui sape les institutions. Car la France connaît une crise de la représentation politique, plus q'une « crise identitaire » comme le prétend Darmanin, qui en rajoute, comme ses collègues, dans le registre alarmiste afin de provoquer par la peur un retournement de l’opinion, avant d’organiser, sait-on jamais, une contre manifestation qui rassemblerait un million de personnes à Paris. Sauf que 50 ans se sont écoulés depuis le fameux précédent et que les Français disposent d’une information infiniment plus libre qu’à l’époque (même si la tutelle de celui qui tient les cordons de la bourse supplée dans certains cas celle qu’exerçait le ministre de l’information).
Ce ne sont pas les monarchistes qui ont confisqué la République mais les républicains comme Monsieur Castaner pour qui le régime présidentiel relègue de facto le parlement au rôle de chambre d’enregistrement, et qui semblent ne pas savoir qu’il y a davantage de monarchies parlementaires que de républiques en Europe et que la démocratie n’a pas à en souffrir.
Les Français ne veulent pas le chaos, simplement moins de colbertisme, plus de justice sociale et une présidence sans couronne.


  • Ainsi, Anne-Sophie Leclère, ex-candidate FN aux municipales à Rethel en 2014 qui avait comparé Christiane Taubira à un singe, se retrouve propulsée à nouveau sur le devant de la scène en gilet jaune, et la présence ici-même parmi les contestataires de lepéno-wauquiezistes n'a échappé à (presque) personne.