Intégrer des immigrés ne s’est jamais fait sans heurts ni difficultés. Quelques soient l’immigration et la période, des difficultés d’intégration, la persistance d’un communautarisme, des violences xénophobes, ont été constatés. Cela a été le cas en France lors de l’arrivée de Belges (Horum omnium insanissimae est Belga, peut-on entendre encore aujourd'hui dans le Viroquois), d’Italiens (les émeutes anti-italiens de Marseille en 1881 et d’Aïgues Mortes en 1893), de Polonais, d’Arméniens, de Russes blancs, d’Espagnols, de Portugais, de Nord-Africains, d’Africains, d’Asiatiques…Faire souche ne se fait jamais en empruntant un chemin de roses, à fortiori dans un contexte économique difficile, et la France s’est montrée parfois ingrate envers les immigrés qui l’ont le plus servie (exemple, ceux, nombreux, engagés dans la Résistance).
Pour ouvrir une parenthèse, il arrive quelquefois que des anciens immigrés ou leurs enfants s’opposent au nom de l’identité française à l’accueil de migrants aujourd’hui. Est-ce l’effort qu’ils ont montré dans l’adversité pour devenir « d’excellents français » qui les rend si sourcilleux sur la question d’une identité chèrement acquise ? Est-ce le miroir ravivant leur propre expérience et déchirant le voile d’idéalisation que les années amènent qui leur rend la présence de nouveaux arrivants insupportable ?

Quitter son pays est une douleur, s’intégrer se fait dans la douleur. Pour limiter celle-ci, les libéraux-conservateurs et les droites xénophobes ferment les frontières aux migrants (un migrant n’est pas forcément un réfugié et survivre dans la pauvreté extrême n’est pas un sort qui émeut) qui leur seront donc redevables de l’abrègement de leur souffrance en se noyant en mer où en étant assassinés après avoir été réduits en esclavage en Libye. L’accueil des migrants ne sera cependant pas supprimé puisque une « immigration choisie », comprendre limitée aux besoins, sera maintenue.…Mais, y-a-il jamais eu une immigration qui n’était pas choisie, y compris de masse quand les besoins de main d’œuvre non qualifiée l’exigeaient ?Qui_est_pret.jpg

Une satisfaction tout de même dans cette actualité : le Conseil constitutionnel, saisi par les conseils de Cédric Herrou, a aboli le « délit de solidarité » pour lequel avait été condamné leur client. Il a en effet considéré qu’une aide désintéressée ne saurait être passible de poursuites, au nom du « principe de fraternité ». Les sages ont reconnu la fraternité comme principe constitutionnel, au nom de l’article 2 de la déclaration des droits de l’homme et en référence au préambule de la constitution et de son article 72-3. Pour le Conseil constitutionnel : « Il découle de ce principe la liberté d’aider autrui, dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour sur le territoire national ».
La conséquence de cette affirmation est que ni Cédric Herrou, ni toute autre personne - y compris morale - aidant une personne en « séjour irrégulier » avec désintéressement et au nom du principe de fraternité, ne devrait désormais en droit être poursuivie devant les tribunaux.