La municipalité n’est pas seule à décider la disparition matérielle de la Maison Fumel puisque l’Architecte en Chef des Bâtiments de France ne s’y oppose pas. Faut-il en cela à sa mission comme certains sont prompts à l’en accuser sur les réseaux sociaux ? Certes, non. Du strict point de vue architectural, l’ensemble ne présente pas d’éléments remarquables méritant d’être classés et tout ce qui y a trait pourrait à l’avenir être appréhendé de façon complète par les historiens et un public d'amateurs au moyen des archives conservées, écrits et documents iconographiques. À condition que l’on ait rien négligé avant de procéder à l’arasement.
Les enjeux mémoriels dépassent souvent la valeur architecturale ou l'importance historique d’un immeuble ainsi que le démontre l’attachement des gens du Nord à la préservation de pauvres maisons de corons ou de courées alors que les relevés et les fonds d’images sont pléthoriques, les photographes ayant pris pour sujet dés le 19ème siècle les activités nées avec la révolution industrielle (cf Joseph Quentin 1857-1846, photographe des mines).

Charlemont.jpgLa position des Sentinelles de Charlemont et de l’historien Patrice Bertrand ne témoigne pas d’une opposition de principe au projet municipal puisque le second regrette simplement que : « les choses ne se soient pas faites dans l’ordre : un diagnostic et des relevés pour garder une trace avant d’en faire un parking », et que Pascal Gaulain, président de Sentinelles note pour sa part que : « si les bases sont anciennes, ces maisons ont été très fortement modifiées au fil de l’histoire ». Des bâtiments courants à usage d'emmagasinage donc, dont l’intégrité originelle a disparu au fil du temps et des travaux de confortement . Pas exactement la Vieille Bourse de Lille comme voudraient le faire croire certains détracteurs de la majorité municipale suivis par quelque passionata du tourisme culturel. Pas tout à fait non plus un mécano à force de rapiéçages comme le suggère la Ville : « Des historiens affirment que ces bâtiments sont la seule trace de la période espagnole à Givet entre 1555 et 1678 (…) Nous ne croyons pas que les Espagnols utilisaient, à cette époque, des poutrelles métalliques ».

D’une manière générale, le patrimoine est utilisé trop souvent comme prétexte pour des querelles politiciennes imprégnées de manichéisme entre progressistes et conservateurs qui en ignorent des productions entières parce que ne se prêtant pas à un discours simplificateur. C’est le cas de l’architecture éclectique de la seconde moitié du 19ème siècle (le français aime les maisons de paysans et d’ouvriers par nostalgie et attachement à ses racines, les châteaux parce-qu’il s’imagine un lointain ancêtre noble – d’où l’engouement pour la généalogie -, mais est indifférent au péril menaçant les immeubles d’une bourgeoisie historiquement honnie), et de l’architecture de béton des années 1930 à 1950, exception faite du mur de l'Atlantique !

Reste qu’à Givet la création de nouveaux emplacements de parking en lieu et place de la Maison Fumel, alors que l’offre proposée par l’esplanade Sourdille est suffisante, peut sembler inopportune. Une halle pour abriter les producteurs du marché du même nom ferait peut-être davantage consensus.