Nul besoin en vérité de grands bateaux pour attirer l’attention sur la vallée mosane. Ce que Nessie et autres monstres plus anciens issus des contes celtiques font pour la renommée du Loch Ness et des Highlands, le Mahwot et les nutons peuvent le faire ici. La légende écossaise plonge ses racines au début du Moyen-Âge, lors de la christianisation du pays. Colomba d’Iona (521-597), missionnaire Irlandais, s’emploie alors à y évangéliser les populations pictes. En 565, il est au bord du Loch Ness lorsqu’un monstre surgi du lac menace un de ses compagnons. Armé de sa seule croix, Colomba Iona, fait reculer la créature qui disparaît dans les eaux…avant de ressurgir opportunément en 1933, lors de la création d’une route desservant le lac, sur la foi de témoignages rapportés par un journaliste de l’Inverness Courrier. On imagine le profit qu’Ardenne Rives de Meuse pourrait tirer de l’ouverture de l’A 304 et son prolongement belge, la future E 420 rejoignant Charleroi, si elle voulait bien se souvenir du Mahwot.

À condition de disposer d’une image forte du monstre que nos décideurs pourraient utilement commander au réalisateur du prometteur Génération, le Givetois Nassim Ifourah que cette expérience devrait amener à renouveler le genre, un peu comme l’avait fait Billy Wilder avec La Vie privée de Sherlock Holmes, comédie-policière dans laquelle le personnage de Nessie est central.Nessie_sous-marin.jpg La photographie la plus célèbre de celui-ci, publiée le 21 avril 1934 dans le Daily Mail, confirmait l’hypothèse d’un plésiosaure (diplodocus aquatique disparu il y a 66 millions d’années). Le succès touristique du Loch Ness lui doit beaucoup. En 1993, Christian Spurling, beau-frère du journaliste Marmaduke Wetherel qui avait rendu public ce cliché attribué à un de ses amis, a révélé qu’il s’agissait d’un trucage. Sans que l'intérêt pour le Loch Ness et sa créature se démente. Les trois compères avaient fabriqué un monstre en pâte à bois qu’ils avaient placé sur un sous-marin en jouet et photographié dans la brume. Pour preuve de l'imposture, Christian Spurling avait produit un autre cliché, pris sous un angle différent, sur lequel apparaissait le sous-marin. (cf Historia numéro spécial juillet-août 2018, L’Écosse des Highlanders).

Nécessité de construire avant toute chose un récit inaugural autour du Mahwot donc, et pourquoi pas de s’inspirer de la tradition écossaise du vêtement. Non pas en empruntant aux Écossais un kilt qui ne sied qu’à eux, mais en utilisant leur science du tartan pour nos braies dont une série noire, jaune, rouge, et une autre jaune et rouge, destinées à nos voisins wallons. On attrape pas les touristes avec du vinaigre, ni avec un Côte de Givet dont la production a logiquement été arrêtée dés lors que les routes et les échanges se sont développés. À défaut de Whisky (seul alcool spirituel finalement, surtout d’Islay, pourvu que l'on en abuse pas), l’eau de spa, déclarée boisson préférée du Mahwot, pourrait être proposée aux visiteurs. À propos d’eau, on peut regretter devant la vogue actuelle pour les médecines naturelles que les pouvoirs publics locaux n’aient pas songé à relancer à Revin la production de l’eau de Saint-Quirin* à base d’herbe macérée dans l’eau de meuse qui guérissait les abcès des tendons et des mains et que les dominicains vendaient autrefois.

neige_3.JPGMais revenons à nos nutons. On n’imagine pas l’Écosse sans ses elfes, faunes, sorciers (contre lesquels ont lutté la catholique Marie Stuart et son fils le protestant Jacques VI), et fantômes qui attirent aujourd’hui les curieux avides de frissons. Et quoi de plus indiqué qu’un vieux château en ruine perché sur un piton rocheux ou dissimulé dans les brumes d’une forêt rouillée d’automne pour abriter des revenants ? Les authentiques ruines renaissance du château de Hierges n’ont certes rien de commun avec le gothick style anglais d’inspiration écossaise qui se développe au XVIIIème siècle à force de rajouts de tours et tourelles, fenêtres à vitraux, ogives fabriquées, et le village de Hierges n’a de médiéval que l’adjectif avec lequel on le désigne, mais aux dires de certains chalands dont le breuvage favori n’est peut être pas l’eau de spa, la fée Mélusine y apparaît parfois. Là encore, des images de Nassim Ifourah (habitué des lieux pour des tournages en costume) suggérant la présence de créatures surnaturelles constitueraient une invitation à se rendre sur place.

Toute activité honorable ou non ayant son saint patron, le tourisme des revenants pourrait être placé sous la protection de Sainte Ida, représentée traditionnellement en Ardenne accompagnée d’un cerf dont la ramure fait office de chandelier (cette image renvoie étonnement à une scène du Casanova de Fellini dans laquelle le chevalier de Seingalt relève et remporte un défi en copulant, aux dires du réalisateur, comme une « machine à piston », le front ceint d’un chandelier surmonté de bougies allumées). Dans son ouvrage L’Ardenne**, Jean-Pierre Lambot, rappelait combien le rôle du cerf conducteur d’âmes, guide de l’homme, « imprègne la civilisation depuis la préhistoire, dans les mythologies nordique et celtique aussi bien que gréco-latine, puis dans l’hagiographie chrétienne ». Rien à voir par conséquent avec Casanova ni avec le Parc-aux-cerfs de Louis XV que l’averti président du Parc naturel régional des ardennes et 1er vice président d’Ardenne rives de meuse se gardera de reconstituer, bien que pressé par des collègues victimes d'une méprise sémantique de développer peu importe quelle activité pourvu qu'elle ait un lien avec la nature et le tourisme.



  • L’eau quirinale de Revin, article VRG du 14/11/2013 d'Alain Sartelet.
  • L'Ardenne, Jean-Pierre Lambot, ed Mardaga 1995.