« C’était la nuit…à deux heures du matin…après sept jours de débats de 9h30 à 1h00… organisés par le roué de Rugy… » avancent quelques députés en guise d'explication. Sans convaincre vraiment : Christian Jacob, président du groupe LR à l’assemblée, exploitant agricole entré en chiraquie dans les années 1980, grand défenseur d’une agriculture durablement polluante (« un crétin pathétique », dixit Jean-François Kahn), était présent, lui, à la tête d’une partie de ses godillots.
Delphine Batho (GE) a qualifié de « rupture qui heurte profondément la conscience écologique du pays » le refus des députés d’inscrire dans la loi l’interdiction du glyphosate. Avec raison, car il s’agit bien d’une disharmonie profonde entre le peuple et ses représentants au regard du nombre de français favorables à l’interdiction.
Passons sur les motivations de députés LR, travaillés comme la plupart de leurs collègues par les lobbies, traditionnellement proches de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), du Centre national des jeunes agriculteurs (CNJA) – présidé par…Christian Jacob entre 1992 et 1994 -, ainsi que sur la candeur des nouveaux arrivés dans l’Assemblée, pour nous attarder sur la position apparemment schizophrénique des députés LREM dont le gros des bataillons essaie de convaincre l’opinion que l’engagement verbal du président Macron d’interdire l’utilisation du glyphosate dans trois ans vaudrait autant qu’une décision gravée dans le marbre de la loi. En réalité, pour eux la chose est limpide : de quelle utilité pourrait bien être une décision de l’Assemblée nationale en tout point semblable à celle exprimée déjà par Jupiter depuis le Panthéon ?
Raison pour laquelle trente six d’entre eux se sont prononcés contre l’amendement Orphelin dont trois qui avaient cosigné, le 22 octobre 2017, une tribune dans le monde demandant à l’Union Européenne d’interdire « le plus rapidement possible » l’utilisation de l’herbicide ! On mesure là la véritable transgression (loi humaine plutôt que loi divine) qui s’est opérée chez les rares députés LREM ayant voté pour l’interdiction.

La fatigue expliquerait, aux dires de certains députés, les nombreuses absences. On ne saurait trop leur conseiller de lire les chroniques de l’époque relatant l’installation et l’activité des députés du Tiers-État s’absentant pour la première fois de leur province pour s’installer à Paris en 1789. Logeant souvent à plusieurs dans de simples chambrettes sans aucun confort pour limiter les dépenses, dormant parfois dans les couloirs, d’abord à Versailles puis à Paris, pour ne pas louper les séances de l’Assemblée Nationale Constituante (1789-1791), ils accomplirent un travail législatif harassant : déclaration des droits de l’homme et du citoyen, adoption de la première constitution écrite de la France (monarchie constitutionnelle) instituant une assemblée législative seule chargée des lois (droit de veto pour le roi), abolition de la féodalité, organisation administrative du pays en départements, districts, cantons, communes, etc. L’Assemblée Constituante se sépara le 30 septembre 1791, cédant la place à l’Assemblée Législative. Si ses figures de proue furent appelés à siéger dans la nouvelle assemblée (Barnave, Lameth, Lafayette…), la plupart des députés de 1789 rejoignirent leur province, certainement fatigués et dans le même état d’impécuniosité que lors de leur arrivée, mais avec le sentiment de l’œuvre accomplie (c’est sous la convention, entre 1792 et 1795, que commencèrent à s’enrichir certains représentants du peuple - précédés en cela par Mirabeau -, par l’acquisition de biens nationaux enlevés en vente publique, le prélèvement irrégulier sur les taxes et contributions en vivre ou fourrage, la spéculation sur les fournitures militaires, le trafic de places, notamment dans l’administration, etc).

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Un qui n’a pas récupéré d'une fatigue bien compréhensible après sa longue intervention : « Tout à fait fait ! » venant à l'appui de la question de Jérôme Nury ( LR-Orne) exprimant son opposition à l’interdiction du glyphosate (15ème législature. Question n°335. Mr Jérôme Nury), c’est Pierre Cordier, si l’on en juge par ses regrets sur l’adoption en première lecture, le 22 avril 2018, du projet de loi Asile et immigration : « Avec ce texte, déclare-t-il, le fait d’aider, de transporter, de fournir une aide linguistique ou sociale à des migrants en situation irrégulière ne sera plus puni par la loi ».
Ainsi, selon Pierre Cordier, le gouvernement et les députés qui l’ont suivi auraient privé l’État de la possibilité de poursuivre tout individu qui pourrait venir en aide, par exemple, à un enfant de migrant suspendu à un parapet au dessus de la Seine (il y a plus de chances pour qu’il soit agrippé là qu’au balcon d’un immeuble)…, soit le passant qui appellerait les secours (aide linguistique), les pompiers qui déploieraient des moyens pour le mettre hors de danger puis le transporteraient vers un centre médical (aide technique), les infirmiers et médecins qui l’examineraient et lui prodigueraient des soins (aide médicale), sans compter tout intervenant qui voudrait améliorer sa situation (aide sociale).
Heureusement pour Mamadou Gassama que Pierre Cordier et ses amis ne sont pas aux responsabilités et que l’enfant secouru soit de nationalité française, ce dont vraisemblablement, dans l’esprit du député, il aurait impérativement dû s’assurer avant de se lancer à l’assaut d’une façade du dix-huitième arrondissement de Paris. Imprudence qui aurait pu ruiner à jamais ses chances d’obtenir la nationalité française, pourvu qu'elles aient existé, et lui valoir d'être condamné !
L’enfer est aussi pavé de mauvaises intentions chez Les Républicains.