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Un bon baromètre permettant de mesurer l’état de santé de la démocratie est naturellement la liberté de la presse. Et de ce point de vue (cf la carte de la liberté de la presse en 2018 ci-dessus), l’état de santé de la démocratie en Hongrie, Russie, Turquie, n’est pas florissant. Et les violences à l’encontre des journalistes n’épargnent pas les démocraties européennes qui faiblissent sur les principes, en Pologne, en Slovaquie, en République Tchèque, à Malte où la journaliste enquêtant sur la corruption, Daphne Caruana Galizia, a été assassinée. En France, la campagne présidentielle de 2017 a vu des candidats, dont certains ont eu la charge du pays, utiliser le ressort démagogique anti-journalistes pour fédérer contre le système politico-médiatique puis pour expliquer leur échec. Depuis, la stratégie établie par un Laurent Wauquiez consiste à attaquer la presse à chacune de ses interventions. Par calcul électoral, les démocrates refont le lit des autocrates parce qu’ils veulent oublier les conditions dans lesquelles les peuples basculent dans l’asservissement.

Là où les dirigeants des systèmes totalitaires abolissaient ou suspendaient la démocratie, en démocrature les leaders prétendent restaurer une démocratie confisquée par des élites corrompues. La conséquence de cette prétendue restauration - qui dégrade en réalité la démocratie -, c’est le maintien d’élections, contrôlées durant tout le processus par tous les moyens (fraude, invalidation, menace, chantage…) de façon à obtenir une majorité présentable aux yeux du monde (entre 51 et 70 % des suffrages) suivies invariablement de modifications constitutionnelles garantissant la conservation du pouvoir, si possible ad vitam aeternam. Pas plus aujourd'hui qu'hier, la légalité ne suffit à garantir la démocratie, elle peut même l’empêcher.
Pour Thomas Friedman, chroniqueur au New York Times, « depuis 20 ans, 25 démocraties se sont effondrées dans le monde – pas seulement à la suite de coups d’Etat militaires ou internes, mais également du fait de dégradations subtiles et progressives des droits et des procédures démocratiques. Certains de ces phénomènes se sont produits dans des démocraties de mauvaise qualité mais, dans tous les cas, un système de compétition électorale raisonnablement libre et multipartiste a été supprimé ou dégradé jusqu’à un point bien en dessous des normes minimales de la démocratie ». Et de citer en exemple la Russie, la Turquie, la Thaïlande, le Venezuela, le Botswana, le Bangladesh, le Kenya.

Ce qui est peut-être le plus inquiétant dans la montée des démocratures, c’est qu’elles bénéficient d’une réelle adhésion populaire (Poutine est populaire en Russie et au-delà, Erdogan est populaire en Turquie, mais aussi auprès de la diaspora Turque en Europe) alors que les peuples n’ignorent pas que la prétendue restauration de la démocratie invoquée par leurs leaders se traduit dans les faits par un recul des libertés. La cause de ce phénomène réside probablement dans la perte de confiance en elle même de la démocratie en général, et particulièrement en Occident. La corruption, les promesses jamais tenues, les scandales liés aux financements occultes des campagnes électorales, la complicité des Etats dans le démantèlement du salariat, la faiblesse - de l’Europe notamment – face aux multinationales échappant à l’impôt …ont durablement affecté la foi en la démocratie - avec son exercice complexe et fragile - perçue comme un régime adapté quand tout va bien mais qu’il est utile de renforcer en l’amendant de certains de ses principes (contradiction qui n’est pas qu’apparente) quand le malaise et la peur grandissent. La santé est un état précaire qui ne présage rien de bon, dit l’adage ; la démocratie est un état précaire miné par le doute et par de faux médecins qui prétendent la soigner en lui administrant une purge mortelle. La démocrature (qui naît de la faiblesse des démocraties devant les crises économiques et financières et se nourrit des déceptions qui n’ont pas manquées de surgir après l’excitation autour de la démocratisation du monde dans les années 1990) est une imposture, mais elle présente l’avantage d’offrir aux électeurs une alternative (illusoire et dangereuse) quand la démocratie est en panne.

Mieux vaudrait se rappeler que la démocratie est perfectible et, comme le fait Michel Serres, que sa progression dans le monde depuis les années 1960 a permis que l’on vive plus librement et mieux qu’auparavant.

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En hommage à Christophe Salengro, président de la dictature éclairée démocratique de Groland, disparu récemment, le conseil municipal de Hierges décidera prochainement la création de la Présipauté de Hiergoland, dont le maire deviendra le président à vie pour le bonheur des Hiergolandais et des Hiergolandaises (sauf sécessionnistes invétérés).