Le 23 mars 2018, quatre personnes ont été assassinés à Trèbes par Radouane Lakdim, terroriste islamiste âgé de 25 ans, d’origine marocaine, naturalisé français en 2004. Ses victimes sont Jean de Mazières, sexuagénaire, occupant d’une voiture attaquée pour être volée (le conducteur est grièvement blessé), Hervé Sosna, 65 ans, client du supermarché Super U, Christian Medves, 50 ans, chef boucher de ce même magasin, Arnaud Beltrame, lieutenant-colonel de la gendarmerie de l’Aude qui avait pris la place d’une otage. Entre le vol de la voiture et son arrivée au Super U, Radouane Lakdim a blessé par balle un policier qui faisait un jogging avec des camarades.

Des civils tués au hasard parce que le terrorisme a pour but d’inspirer à chacun la peur, mais aussi, comme lors des attentats perpétrés par Merah et Coulibaly, des militaires et des policiers choisis délibérément pour cibles parce que défenseurs de la République et des valeurs universelles qu’elle porte, des personnes de confession juive assassinées parce que juives. « Nous devons tout faire pour éviter le clash des civilisations, mais une autre menace nous pend au nez, a déclaré Alain Finkielkraut : la rencontre des civilisations autour de la haine de tout ce qui porte le nom d’Israël. Soit la rencontre de l’antisémitisme antiraciste des pays du Nord et de la vision complotiste du juif invisible et omnipotent dans certains pays du Sud ».

Le salafisme, dont sont imprégnés les terroristes islamistes, est raciste, antisémite, antichrétien (cf les massacres des Chrétiens d’Orient), homophobe, esclavagiste. Il prône un retour à l’islam originel (c’est une régression au sens littéral du terme), celui du prophète et de ses compagnons (salaf, « les ancêtres »). Soit on adhère au dogme dans toute sa pureté, soit on est en dehors, impur (les soufis, les chiites, l’Occident judéo-chrétien choisi comme ennemi). Cette obsession de la pureté, et par voie de conséquence de la menace constituée par la présumée impureté du dehors (présente aussi pour l’époque contemporaine dans le paganisme nazi autour de la notion de race) est la matrice du mal. « C’est la négativité de la religion, sa fixation sur le mal qui est le Mal », a résumé de façon saisissante le philosophe Paul Thibaud.

Au lendemain de l’attentat au Super U de Trèbes, un ancien candidat aux élections législatives - sans doute convaincu de la pureté de sa doxa - contre lequel La France Insoumise a dit vouloir porter plainte, a été interpellé pour apologie du terrorisme et condamné en comparution immédiate à 6 mois de prison avec sursis pour avoir tweeté sa haine mortifère : « À chaque fois qu’un gendarme se fait buter, et c’est pas tous les jours, je pense à mon ami Rémi Fraisse…Là c’est un colonel, quel pied ! Accessoirement un électeur de macron en moins. »
Illustration de la formule de Paul Thibaud élargie à la négativité de l’idéologie, à sa fixation irrationnelle sur le mal qui est le Mal.