On n’attire pas les mouches avec du vinaigre, dit l’adage. On ne retient pas les compétences et les talents en leur faisant un mauvais procès : « Les médecins récemment installés - a déclaré Bernard Dekens - ne s’intéressent pratiquement à rien de ce que nous faisons, ne participent absolument pas, alors même que certains font des horaires que tout le monde souhaiterait plus large. Ils s’intéressent tout de même à l’aide que la Communauté leur verse pour leur installation ».
Il est admis par tous que les collectivités territoriales doivent mettre en œuvre les moyens nécessaires pour essayer de garantir la présence d’un nombre de praticiens suffisants sur leur territoire. Cela passe par la mise à disposition de locaux et l’octroi d’aides à l’installation, qui ne viendront certainement pas enrichir personnellement leurs bénéficiaires.
Les médecins exercent à plein temps au service des patients, exclusivement faut-il le rappeler. Ils n'ont pas le loisir de contracter la réunionite aïgue dont sont affectées les collectivités entropiques, de Champagne-Ardenne, où d'ailleurs.
Et ce qui est anormal, ce n’est pas qu'ils ne fassent pas des horaires susceptibles de nuire à leur propre santé, c’est qu’ils soient obligés de terminer leur journée le soir après 22 heures.

L’Ardennais rapporte le constat de l’Agence régionale de santé (ARS) pour qui dix médecins manquent actuellement dans la Pointe et la prévision selon laquelle dans cinq ans, neuf médecins auront atteints l’âge de la retraite.
Faudra-il que les jeunes médecins s’habituent non seulement à faire le même nombre d’heures que leurs confrères plus âgés, mais s’engagent à le dépasser prochainement ? Le manque de médecins est patent sur l’ensemble du territoire (si l’on excepte le littoral méditerranéen et quelques rares grandes villes). Et contrairement à l’idée reçue, les zones rurales ne sont pas seules concernées. Les zones urbaines souffrent aussi de ce déficit, à l’exemple de Paris où le nombre de médecins n’est pas suffisant.
À qui en incombe la responsabilité ?
À l’État qui n’a pas anticipé assez l’accroissement de la population et le départ en retraite d’une génération de médecins (je fais confiance à l’intelligence humaine pour trouver la solution le moment venu, disait l’emblématique Raymond Barre questionné sur la nécessité d’anticiper les besoins de la société).
Car le numerus clausus, certes légèrement en hausse depuis 10 ans, n’a pas été augmenté à temps pour que la situation ne soit pas celle que nous connaissons. Et le supprimer, comme certains le recommandent, ne servirait à rien dans l'immédiat puisque les effets ne pourraient se faire sentir avant une quinzaine d’années, compte tenu du temps nécessaire pour former un médecin.
Il n’en demeure pas moins qu’il faut revoir l’accessibilité aux études, responsable en l’état d’un véritable gâchis puisque nombre d’étudiants dont la vocation est d’être médecin se voient empêchés. Car soutenir l'antienne selon laquelle la médecine n’attire plus ne reflète pas la réalité. Comment expliquer alors que des contingents de jeunes français aillent se former à l’étranger (principalement en Algérie, Roumanie, Belgique) sinon parce-qu’ils se vont vus interdire un cursus par un système en contradiction avec les besoins et inadapté quant aux critères de sélection.
La jeunesse est en effet un vecteur de motivation et de dynamisme, ici comme ailleurs, encore faut-il ne pas briser son élan, comme c’est le cas depuis 35 ans en France, et ne pas s’en servir comme bouc émissaire pour ne pas aborder les problèmes d’organisation, ou masquer son impuissance devant le déclin du territoire que l’on est censé servir.

La situation dans la Pointe exige d'attirer de nouveaux médecins, y compris étrangers, et non de faire fuir ceux qui sont là depuis peu et dont le professionnalisme et le dévouement sont loués par leurs patients. Au moyen d'aides bien évidemment (s'installer représente un coût plus important que par le passé), et par la multiplication, peu importe sur quelle rive, de maisons de santé qui correspondent au modèle d'organisation souhaité par les jeunes généralistes.
Voilà ce que ses habitants appellent sobrement de leurs voeux.

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