Dont acte. Cependant, scinder n’est pas rétracter et la simple maladresse ne semble pouvoir être retenue pour dédouaner les rédacteurs du texte d’une formulation que l’association SOS homophobie condamne en ces termes : « l’association de la pédopornographie, du mariage pour tous et de la protection des enfants, relève de l’incitation à la haine et à la violence envers les personnes lesbiennes, gay, bi et trans ».
À l’appui de SOS homophobie, dans l’exposé des motifs « la lutte contre la pédopornographie » est liée par l’adverbe corrélativement (qui est en corrélation, qui dépend, qui découle…) aux « conséquences du mariage pour tous », réunis au nom d’un objectif global de « protection de l’enfance ». Les explications de Daniel Fasquelle selon lesquelles l’emploi de « corrélativement » ne correspondrait qu’à une formulation juridique usuelle n’ont pas convaincu, pas même dans son propre camp, puisque le texte a finalement été retiré. L’universitaire est décidément coutumier des « mots maladroits » puisque sa proposition de loi demandait aussi à ce qu’à 18 ans les enfants « prisonniers (sic) d’une filiation avec des couples homosexuels » puissent « confirmer l’adoption ou la remettre en cause afin de rétablir une filiation avec leurs parents biologiques ».

Ce qu’il y a d'étonnant dans cette affaire - hormis le fait que des députés expliquent qu’ils ont signé un texte sans l’avoir lu, soit qu’ils ne l’aient effectivement pas lu où que leur entourage ne les en ait pas instruit, soit qu'en raison d'une ample condamnation ils préfèrent qu’on le croie -, c’est l’entêtement d’une partie de la droite à défaire le mariage pour tous auquel est favorable une large majorité de français puisqu’il accorde aux uns ce que les autres possèdent sans rien ôter à personne.
Que des députés veuillent amender la loi pour protéger plus efficacement les enfants en luttant contre la pédopornographie, très bien. Mais en quoi « les conséquences du mariage pour tous » (fantasmées en ce qui concerne ses détracteurs autour d'une théorie du genre à laquelle finalement ils sont seuls à croire) devraient-elles être combattues de ce point de vue ? Et à quoi servirait le remplacement du mot « parent » par celui de « père et mère » sinon à interdire l’adoption plénière aux couples du même sexe ? Derrière l'expression d'« identité française séculaire », le refus de l'altérité.

Marie_Louise_portant_le_Roi_de_Rome.jpg Marie-Louise portant le roi de Rome à Napoléon 1er

Daniel Fasquelle prétend que la Procréation Médicalement Assistée (PMA), qui autorise aujourd’hui le don de sperme ou d’ovules pour les couples hétérosexuels dans le cas d’une infertilité biologique (et non d’une infertilité sociétale, c’est à dire liée à l’orientation sexuelle), déboucherait à court terme si elle était étendue aux couples homosexuels sur l’autorisation de la Gestation Pour Autrui (GPA), autrement dit le recours à la mère porteuse.
Rien n'incite pourtant à le croire. En juin 2017, le Comité National d’Ethique (CCNE) a rendu un avis favorable sur l’ouverture de la PMA aux femme seules et aux couples de femmes (incidemment, invoquer sur ce point comme le font les défenseurs de la PMA pour tous, une rupture d’égalité entre hommes et femmes n’a pas plus de sens : pour qu’il y ait rupture il faudrait que leur situation soit identique. Or seules les femmes portent des enfants).
Cet avis relève du bon sens. Il suffit de s’y tenir. Six français sur dix se déclarent favorables à la PMA tout en étant hostiles à la GPA. Il n’existe donc pas dans leur esprit de confusion entre les deux, ni de relation corrélative.
La GPA est interdite en France. À juste titre. Au nom du refus de la marchandisation du corps d'abord, car loin de répondre au droit de disposer de son corps comme ses tenants voudraient le faire croire, la GPA n’est que le droit revendiqué de disposer du corps de l’autre. Par l’argent, le plus souvent. Qui peut croire en effet que dans les faits le commanditaire se trouverait en situation d’égalité avec la mère porteuse ? Il n’est que de comparer, là où elle se pratique (en Thaïlande par exemple, au Cambodge elle est désormais interdite mais l’interdiction n’a pas encore force de loi), la situation financière des commanditaires et celle des mères porteuses. C’est là où les ressources des femmes sont minimes ou inexistantes qu’elles portent pour d’autres un enfant/monnaie vivante, afin de nourrir leurs propres enfants et leur permettre éventuellement d’avoir accès à l’école.
La GPA consacre l’inégalité entre les humains en entérinant le fait que des femmes soient transformées pour des raisons économiques en objet (incubateur) au bénéfice d’autres disposant de monnaie en devise.
Si l’on ajoute à cela la manifestation prévisible de pratiques eugénistes puisque des examens médicaux ont d’ores et déjà lieu pour s’assurer du choix d'une mère porteuse présentant le moins de risque possible de transmettre à l’enfant des déficiences, on comprend qu’une seconde inégalité pourrait voir le jour entre enfants nés naturellement et enfants nés d’un contrat entre deux parties.

En l’état, la législation en France est adaptée même si elle induit une certaine hypocrisie puisque des françaises concernées par l’infertilité sociétale se rendent à l'étranger (en Belgique, principalement) pour bénéficier d’un accès à la PMA, raison qui a sans doute pesé dans la décision du Comité National d’Ethique d’émettre un avis favorable à son extension aux femmes seules et aux couples de femmes. Reste le problème de l’adoption, rendue difficile dans tous les cas par un contexte moins favorable que par le passé (beaucoup de pays qui permettaient à leurs enfants d’être adoptés à l’étranger sont plus rétifs à les laisser partir), et qui attire moins certaines personnes pour lesquelles le désir de paternité ou de maternité est indissociable de l’instinct de reproduction que les progrès de la médecine, mais aussi notre culture narcissique, encouragent. Mais cela pose une autre question, celle de notre rapport à la finitude.

  • En 2016, un arrêté préventif de Daniel Fasquelle pour interdire le burkini sur la plage du Touquet (qu'il confondait d'après ses premières déclarations avec la burqa) a été annulé par le Conseil d'Etat. Rétrospectivement, le maire du Touquet avait justifié son arrêté par la prévention des risques de noyade pour les femmes qui le portent.Daily_Life_on_the_Beach_from_the_1920s__37_.jpg Et dire que pendant des lustres aucun de ses prédécesseurs n'avait songé à prendre un tel arrêté pour protéger les Ladies de la noyade !