Les réactions aux articles consacrés sur Internet à la cérémonie religieuse pour Johnny Hallyday auront peut être permis de révéler le degré d'antisémitisme atteint de nouveau dans la société française. Certains de leurs auteurs, en nombre, y déploraient, en des termes souvent orduriers, le « nombre de juifs » présents dans l’église de la Madeleine. On le sait, les agressions physiques, verbales, à l’encontre des personnes de confession juive sont en constante augmentation depuis une quinzaine d’années en France, et notamment en région parisienne. Jusque l’enlèvement, la séquestration et l’assassinat précédé de tortures de Ilan Halimi en 2006 par le Gang des barbares, parce que pour ces bien nommés un juif est forcément fortuné et qu’en conséquence on peut en espérer une rançon. Jusqu’à ce que, en 2012, l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse soit prise pour cible par Mohamed Merah, et que Jonathan Sandler, enseignant, ses deux enfants, Gabriel et Arieh, Myriam Monsonégo, fille du directeur de l’école, soient assassinés parce que juifs, après que le tueur eut exécuté trois militaires français, parce que militaires et français, Imad Ibn Ziaten, Abel Chennouf, Mohamed Legouad, et blessé grièvement un quatrième, Loïc Liber. Jusque la prise d’otages dans l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes en janvier 2015. Jusque la profanation par des inscriptions antisémites et injurieuses en 2015 et 2017 de la stèle érigée à Bagneux (Hauts-de-Seine) en hommage à Ilan Halimi… L’antisémitisme reprend des couleurs, le vert, notamment mais pas exclusivement, le disputant au brun.

La_Passeuse_des_Aubrais.jpgMichaël Prazan est écrivain et réalisateur de remarquables documentaires historiques. En 2016, il a réalisé pour la télévision le film « La passeuse des Aubrais, 1942 », puis publié en 2017 « La passeuse » chez Grasset, sur le même sujet. Soit, l’histoire de son propre père, enfant juif dont les parents avaient été arrêtés et déportés, qui sera sauvé in extremis par une (vrai-fausse) passeuse en lien avec la gestapo, que l’enfant devenu homme suspectera toujours d’avoir livré des juifs à leurs persécuteurs. Pour Michaël Prazan, une des raisons de la résurgence actuelle d’un antisémitisme assumé, y compris publiquement, réside peut être dans la disparition des grands témoins de la Shoah dont la parole constituait une digue. A cet égard, celle de Simone Veil, cette année, viendrait symboliquement clore le cycle de la présence protectrice des survivants parmi nous.

On débat de savoir s’il faut ou pas republier le pamphlet antisémite de Céline Bagatelles pour un massacre, logorrhée antisémite nauséeuse, jamais réédité depuis 1943. Des extraits circulant sur Internet (comme pour Le Protocole des Sages de Sion, faux programme juif de domination du monde), une édition accompagnée d’un appareil critique serait un moindre mal. Publier le texte dans son intégralité permettrait aussi de donner accès aux autres sujets traités – le cinéma, la littérature, l’alcool pourfendu par le médecin hygiéniste qu’est Destouches, hygiénisme qui le conduira vers l’eugénisme par assimilation du juif à un virus contaminant la société - puisque le contenu antisémite en constitue en réalité un tiers. Bagatelles pour un massacre, paru en 1937, réédité en 1942 et 1943, a été le livre le plus vendu sous l’occupation. Céline, qui se plaignait toujours du manque d’argent, rencontrait le succès après l'échec commercial de Mort à crédit…et capitalisait sur la haine du peuple élu et son anéantissement.

Jean_d_Ormesson.jpgEn 1991, Jean d’Ormesson avait publié chez Gallimard « Histoire du juif errant », dont le personnage principal était Simon Fussgänger, juif d’Acadie condamné à l’immortalité pour avoir refusé un verre d’eau à Jésus sur son chemin de croix. Parabole illustrant l’accusation récurrente en déicide fondant l'anijudaïsme traditionnel (rejetée par Vatican II en 1965) faite au peuple juif par des Chrétiens oubliant que Jésus était juif lui aussi et que seule la mort sur la croix suivie de la résurrection a permis la révélation de sa nature divine. Comme la mise à mort, la trahison, cet autre ressort de l'antisémitisme, est au cœur de la naissance du christianisme. Jésus homme pouvait reculer devant la souffrance et la mort. Judas est l’apôtre qui a compris douloureusement le Christ et qui va l’aider à accomplir sa destinée.

Alors que Jean d’Ormesson a lui aussi accompli la sienne et que la France lui a rendu hommage, il se dit que, pour attirer les visiteurs, le maire de Givet songerait à rebaptiser le mont d’Haurs pour l’appeler le mont d’Ormesson.
Qui a dit que la municipalité se souciait de la culture comme d’une guigne ?