En France, on questionne facilement la démocratie ces temps-ci – y compris sur ce blog -, preuve s’il en fallait que les libertés publiques n’ont pas été supprimées – quoi qu’en disent certains - depuis que de Gaulle les a rétablies. A ceux qui hurlent à tout bout de champ au dictateur contre les élus, on ne saurait trop conseiller de voyager en Libye, dans la république Turque de Monsieur Erdogan, ou en république de Bélarus…
Ici, les grands principes démocratiques ne sont menacés ni par les élus nationaux ni par les élus locaux. Par contre le fonctionnement normal de la démocratie est parfois rendu difficile par une exigence déraisonnable de pureté de la part de celui qui aspire au pouvoir ou à le recouvrer vis à vis de celui qui l’exerce. Evidemment, réclamer à un adversaire qu’il se conduise avec pureté suppose que l’on se considère soi-même pur, fut-on le dernier des coquins. La pureté enivre et le déni absout. Et l’exigence de pureté précipite parfois l’arrivée du mal, sans même que celui ou celle qui la revendique en ait conscience. L’enfer est pavé de bonnes intentions et le justicier ou la justicière peuvent être animées de pulsions destructrices (écriture inclusive : au pluriel le masculin ne l’emporte plus sur le féminin et l’accord du genre se fait sur le mot le plus proche. Bon courage aux écolier.e.s). L’esprit cartésien, indispensable en démocratie, est en recul.

Le monde est devenu minuscule mais on se sent isolé dans ces petites communes rurales dont la population décroit inexorablement, dont le nombre pléthorique relève de l’archaïsme et son maintien du manque de courage politique. Vite, la fusion. Les deux Vireux n’en feraient administrativement plus qu’un et cette réunion serait scellée au milieu du pont par une embrassade entre leurs maires avant que le plus exagérément cartésien des deux - le français est facilement cartésien sans être rationnel - jette l’autre à l’eau.
Hierjobrive verrait le jour (porter un nom, c’est revendiquer un mode d’effondrement, disait Cioran. Hier-je souffre de la nostalgie d’un hier fantasmé et de l’égotisme d’une génération). Pour établir un équilibre dans la pyramide des âges, des seniors Hiergeois seraient invités à s’établir à Aubrives et des jeunes feraient le chemin inverse. Leur désignation pourrait être décidée par référendum et l’on peut parier que pour une fois, compte tenu de l’enjeu, les électeurs répondraient à la question.

demenagement.jpgAu japon, un phénomène intrigue les sociologues : l’explosion de la délinquance des seniors. La crise économique, dont ne parvient pas à sortir le pays, et les difficultés matérielles qu’elle engendre, éclairent, en partie, ce fait de société. Mais, aux dires des chercheurs, la mentalité propre à la génération née pendant la seconde guerre mondiale ou dans les dix années suivantes serait un facteur déterminant de son glissement dans la délinquance. Son individualisme, en rupture totale avec la culture des générations précédentes (d’un excès, l’autre), son narcissisme exacerbé et sa permissivité morale expliqueraient, comme sous nos latitudes et jusque dans nos contrées reculées (bien que l'augmentation de la délinquance des seniors, réelle, y soit moins rapide), le fait que de plus en plus de septuagénaires soient condamnés, souvent en récidive, pour des infractions de droits communs. Je transgresse donc je suis, semble être le credo du licencieux pour qui les limites n’ont jamais été véritablement fixées et qui refuse le passage entre les générations (la transgression pathologique - par exemple du code de la route et des règles d'urbanisme - et le refus de la finitude en tout sont les symptômes de son insatisfaction et de son inadaptation sociale).

Une découverte scientifique démontre qu’une mutation génétique chez les Amish prolonge leur vie de 10 ans. Nos amers septuagénaires refusant de vieillir - dont Michel Foulcault aurait pu écrire : « qu’ils savent qu’ils vont mourir mais que leur hystérie fait qu’ils ne le croient pas » -, exigent d’avoir accès prioritairement à cette mutation.

Pas étonnant, non ?

· Adonis, Violence et Islam. Entretiens avec Houria Abdelouahed. Ed du Seuil. · Billet du 23 novembre 2015 VRG.