VIREUX MOLHAIN 11 novembre 2017.

Georges BOURET, mon Grand-Père paternel, n’est pas comme on a coutume de le dire, un enfant du pays. Il avait quitté sa ville natale de Fourmies à une soixantaine de Km d’ici avec sa femme et ses deux premiers enfants à la recherche d’un travail à Vireux en 1913 où son frère ainé l’avait précédé de quelques années. Mes Grand-Parents eurent leur troisième garçon, René mon Père, le 27 février 1914. Des deux ainés, Georges habita Molhain jusqu’à sa mort ; Il était cheminot, et certains ont pu le croiser au passage à niveau de l’usine, Moïse lui aussi cheminot, partit rapidement sur la région parisienne. René à l’exemple de ses frères fit carrière comme cheminot au triage de Lumes. J’en viens maintenant au bref parcours de mon Grand-Père durant la Grande Guerre. Mon père ne nous ayant que très peu parlé de ce parcours (mais peut-être n’en savait-il pas beaucoup plus lui-même), j’ai recherché moi-même à l’aide des archives militaires à reconstituer sa fin de vie. Il fut incorporé dès la déclaration de guerre au 147ème régiment d’infanterie de Sedan, qui partit rapidement en train pour Dun sur Meuse ; l’objectif du régiment était la défense du plateau de Marville. Mais rapidement il faut partir au-devant des Allemands qui ont percé en Belgique ; aux abords de Meix et Bellefontaine le 22 août dans les Ardennes Belges, C’EST LE BAPTEME DU FEU POUR LE 147ème RI. Les premières pertes sont de 14 tués et de 131 blessés. Mais le pire pour le régiment devait se produire dans le petit village de Yoncq dans les Ardennes Françaises cette fois, au cours de la retraite, le 28 août. Selon les mémoires d’un sous-officier, sur les 3000 hommes du régiment, il y eu 2000 morts, blessés ou disparus. La retraite du 147ème s’arrête à Thiéblemont près de Vitry le François le 10 septembre : c’est le début de la bataille de la Marne. La contre-offensive Française amène le régiment dans la forêt d’Argonne marnaise après environ 300 Kms en 30 jours à marche forcée quelques fois, sans pratiquement aucun repos ! Et c’est là que la guerre des tranchées commence. D’attaques allemandes en attaques françaises, les pertes s’accumulent ; les tranchées ne sont quelques fois distantes que de 10 mètres ! Le journal de marche et des opérations du régiment (JMO) en rend compte avec régularité : c’est une horrible comptabilité ! Le 4 décembre le 147 -ème répond à une très forte attaque des allemands au cours de laquelle mon Grand-Père est blessé à la jambe gauche puis évacué vers un hôpital de Chalon sur Saône. Il y décédera le 8 décembre d’une gangrène gazeuse. Il avait 33 ans. Ma Grand-Mère n’en sera informée qu’en mars 1916 par l’intermédiaire d’un aumonier prisonnier en Allemagne et de la Croix Rouge. Elle et ses 3 orphelins passeront le reste de la guerre à Vireux envahi. Le corps de Georges Bouret fut enseveli dans un cimetière de Chalon sur Saône puis rapatrié à Vireux une fois la paix revenue. C’est grâce à la belle relation nouée avec Pierre, le premier de mes petits-enfants, à la fin des années 90 que j’ai pris conscience à quel point mon Grand-Père m’avait manqué. C’est ce qui a motivé cette recherche.