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L'homme d'action gagné par l'ennui

Si on prête une oreille attentive à la déclaration d’Emmanuel Macron à Athènes : « Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes », on constate qu’il a opté pour fainéant, prononcé fe.ne.ã, d’après fai (fait) et néant, et non pour feignant. Éthymologiquement, fainéant signifie celui qui fait néant, autrement dit celui qui (ne) fait rien, alors que feignant qui le précède et avait la même signification a pris le sens de feindre, feindre d’agir pour/alors que rien ne change, ce qui réclame une sorte de travail.
Cela met à mal les explications de ses sherpas tentant de convaincre que le président n’aurait pas désigné par ce vocable les français, mais ses prédécesseurs, pour qui le terme feignants (faignants), du verbe feindre « se dérober, rester inactif », se serait naturellement imposé si Emmanuel Macron avait bien eu Chirac, Hollande et Sarkozy en tête.

Car les fainéants, ce sont bien évidemment les français dont la réputation de paresseux n’est plus à faire dans l’esprit de leurs dirigeants…qui s’accusent par contre entre eux, de feindre, au sens de se dérober, de rester inactif, c'est à d’être feignant. Qui peut croire en effet qu’Emmanuel Macron pourrait voir en la personne de l’hyperactif ancien président Sarkozy (dont la propension à sauter d’une idée l’autre et l’attitude bravache dissimulaient la vacuité intellectuelle et l’incapacité d’agir en profondeur) …un vulgaire cossard, alors que l'agitation constante de l’ancien président simulant l’action a fait de lui littéralement un roi feignant et certainement pas un roi fainéant ?

Les fainéants, les français donc, se consoleront en partie en prenant connaissance d’une étude publiée en août 2016 dans Le journal Heath Psychology et relayée par Huffpost-Le Monde : « Cette étude semble valider la théorie selon laquelle les gens plus intelligents passent plus de temps à ne rien faire que les personnes plutôt attirées par l’activité physique. Elle conclue que les personnes au quotient intellectuel plus élevé s’ennuient facilement, ce qui leur permet de passer plus de temps à réfléchir au lieu d’agir, alors que les personnes plus actives ont tendance à être moins fainéantes parce qu’elles ont besoin de stimuler leur esprit avec des activités physiques, soit parce qu’elles veulent réfléchir, soit parce qu’elles s’ennuient rapidement ».

Mussolini.jpeg Mussolini pratiquant l'escrime

De quoi rassurer en effet les français sur une fainéantise proverbiale qui serait la contrepartie d'une haute intelligence. Toutefois, cette théorie n’est pas sans inquiéter sur le choix de nos dirigeants puisque elle éclaire le malentendu qui veut qu’en recherchant systématiquement un homme d’action pour modifier le cours des choses, on se condamne à choisir un président intellectuellement médiocre, passant son temps à lutter contre l’ennui et à essayer de stimuler son esprit avec des activités physiques. Bref, à feindre, où en d’autres termes à se montrer feignant...
On l’aura compris, sortir de cette impasse ne pourra se faire qu’en envoyant un ou une authentique fainéant(e) à l’Elysée.