Des cas de torture dans les commissariats ont été rapportés, les figures de l’opposition sont menacées, emprisonnées, interdites de quitter le territoire (Lilian Tintori dont la famille argentine avait fui la dictature de Videla) ou exilées (la procureure Luisa Ortega Diaz). Le parlement, conquis en 2015 par l’opposition, s’est vu confisquer ses pouvoirs le 18 août 2017 par la nouvelle Assemblée constituante, composée exclusivement de chavistes, après que les députés, journalistes et employés aient été séquestrés le 5 juillet, jour de fête nationale, par des partisans de Maduro, venus là : « pour délivrer le parlement (sic)», selon le vice président Tareck El Assami.

Venezuela-manifestations2.jpg

Il se trouve, en France, des élus de la République, des journalistes, de rares intellectuels (parce qu’ils se sont raréfiés médiatiquement d’une part – ce qui n’est pas un mal - et parce qu’ils préfèrent désormais, par lucidité ou désabusement, avoir raison avec Aron - à qui son opposition indéfectible au marxisme fit parfois, rarement, commettre des erreurs d'analyse - que tort avec Sartre), pour refuser d’admettre autre chose que « certaines faiblesses » du régime vénézuélien, considérer qu’il n'est attaqué que par des forces réactionnaires et que l’Assemblée constituante instaurée serait légitime de par les 8 millions de personnes (sur 19 805 002 inscrits) ayant été voter, dans des conditions ne garantissant pas - c'est un euphémisme - des élections démocratiques.
À ceux là, gênés mais silencieux devant l’habileté de Maduro à utiliser la popularité posthume de Chavez (comme Staline en son temps se réclamait de la figure tutélaire de Lénine pour asseoir sa domination) dont il ne prétend défendre l’héritage que pour conserver le pouvoir, on est tenté de dire que l’on peut être progressiste et désespérer (s’il le faut) Billancourt ou Nuit debout.

Les exemples de régimes fascisants en Amérique latine, dans un passé récent, ne manquent pas : Paraguay (1954-1989), Brésil (1964-1985), Uruguay (1973-1985), Chili (1974-1990), Argentine (1976-1983). L’opération Condor visant à installer, avec le soutien des USA, des dictatures militaires pour endiguer les guérillas marxistes s’est soldée par des milliers de morts (assassinats, tortures, exécutions). Auparavant, toujours avec l’aide des Etats-Unis, des dirigeants populistes de droite avaient pris le pouvoir au Nicaragua (1936), Brésil (1937), Argentine (1943, coup d’Etat des colonels aboutissant au régime de Perōn en 1946), Salvador (1945), Guatemala (1954).

Du point de vue de la victime, périr sous les balles d’un geôlier castriste (Guevara à la Cabaňa, prison forteresse de la Havane, fut personnellement responsable de 164 exécutions en 1959) où sous celles d’un exécutant de Pinochet ne change rien à l’affaire. Mais, pour l’homme de mauvaise foi, trompeur-trompé, cette vérité qu’il connaît, il choisit de se la masquer. « Étant libre, je suis aussi libre de n’être pas ce que je suis », écrivait Sartre.