Disons le tout net, par Jupiter, c'est pas clair...le complexe le dispute à l’obscur. Il y a bien ce qui semble être une mise en garde adressée au milieu d’encouragements, savoir que la réussite financière ne serait pas une fin en soi, et que Paris, la France, l’Europe, le Monde, sont comme cette gare où se croisent des gens qui réussissent (ceux auxquels le président s’adresse) et d’autres qui ne sont rien (à priori ceux que ceux auxquels il s’adresse voient comme tels). Autrement dit, des exclus que ceux qui sont occupés à réussir ne voient pas . Et ce que l’on ne voit pas n’existe pas, n’est rien. Faut-il comprendre alors que les termes employés par Emmanuel Macron ne sont pas l’expression d’un mépris de classe, mais une invitation faite à un public volontiers obsédé par la réussite et l’argent, d’avoir à apprendre que la société, comme cette gare, est un lieu qu’on partage avec d’autres et qu’il est de la responsabilité de chacun d’en avoir conscience tout au long de sa vie ? Peut-être.

Reste que la formulation de cette pensée en public, si tant est qu’elle existe réellement, doit être plus simple, sous peine de ne pas atteindre son but. Elle ne peut emprunter au sous entendu, à l’implicite, synonymes de confusion. Et il n’est pas interdit de penser qu’il se pourrait tout aussi bien que pour Macron le vrai scandale soit simplement que les exclus ne puissent pas participer à l’enrichissement général, et non que la société rejette certains individus, dont ceux que la réussite matérielle n’intéresse pas.

La presse s'est faite l’écho de la familiarité qu’entretiendrait Emmanuel Macron avec l’œuvre de Paul Ricoeur, dont le style, selon une formule heureuse, consiste à chercher un juste milieu entre deux pôles qui semblent contradictoires ou du moins incompatibles. Si cette attitude philosophique est adaptée à la personne du président - et même souhaitable -, l’écriture du philosophe épousant les méandres de la pensée est difficilement transposable au discours irréfragable du président en exercice. Le prince ne peut être scribe, ou il n’est plus prince.