Il est possible que Fukushima ait généré durablement - et peut-être définitivement cette fois - une angoisse mondialisée, le Japon ayant l’image d’un pays de haute maîtrise technologique, capable, en outre, de prendre en considération les événements naturels et de prévenir les risques qu’ils pourraient faire courir aux installations (cf l’expérience Japonaise dans la construction antisismique). Inversement, l’opinion occidentale avait été conduite à estimer que la catastrophe de Tchernobyl – dont est responsable une suite d’erreurs humaines – trouvait son explication dans la déliquescence générale de l’URSS et plus particulièrement son obsolescence technologique…interprétation rassurante (l'ouest est sorti vainqueur de la guerre froide économiquement et technologiquement), mais caricaturale et dangereuse.

L’article dans l’Ardennais du 20 octobre 1966 de Monsieur Robert Gesnot, intitulé Jour-clé pour la centrale nucléaire de Chooz / Le réacteur a divergé mardi, est un instantané d’une époque (Le mitan des Trente Glorieuses) où la confiance dans le progrès technologique s’impose. Le nucléaire civil est alors perçu comme la face résolument positive d’une invention dont la première utilisation, militaire, a semé la mort à Hiroshima (70.000 morts le 6 août 1945, 140.000 au total suite aux effets des radiations) et Nagasaki (40.000 morts le 9 août 1945, 80.000 au total), mais a permis de mettre un terme au second conflit mondial en épargnant la vie de 500.000 soldats pour prendre Honshu, l’île principale de l’Archipel, selon les estimations des experts Américains.

Les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki ont été refoulés dans l’inconscient collectif. Le risque induit par le nucléaire civil aussi, que l'opinion publique dans son ensemble - contrairement aux agents EDF et aux travailleurs du nucléaire, au fait des dangers et partisans que les avancées en matière de sécurité doivent être recherchées constamment et non en réaction à des accidents - n'a voulu voir que comme puissance purifiée, jusque Tchernobyl et Fukushima.

L’article de Monsieur Robert Gesnot est un témoignage sur un moment dans la perception du nucléaire civil en France qu’il convient de replacer dans le temps long (pour l'atome) des soixante dernières années.

  • Le disque de Count Basie, The Atomic Mr. Basie, est sorti en 1958. L'atome est alors synonyme de puissance créatrice renversante.


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