.Non seulement l'ex-ministre de François Mitterrand a gagné 3 millions de voix (+ 8,48 %) par rapport à 2012, mais, en laissant Benoît Hamon sur le carreau, il a inversé une courbe électorale qui semblait inéluctablement conduire la gauche de rupture à la marginalisation. Il a réussi ce pari fou en modifiant en partie le vote de classe. Si Marine Le Pen arrive toujours en tête chez les ouvriers (34 %), elle est suivie par Jean-Luc Mélenchon (24 %). Chez les chômeurs, Marine Le Pen réalise 30 % des voix, talonnée par Jean-Luc Mélenchon (27,5 %). De même, chez les employés, la candidate FN est en tête (30,1 %), devant le candidat des « insoumis » (23,1 %). Ajoutons que Jean-Luc Mélenchon a ravi la première place au FN chez les 18-24 ans (30 %). Son style de campagne, couplé à une utilisation décapante des réseaux sociaux, a bousculé l'ordonnancement désuet des vieilles machines, devenues des repoussoirs pour la nouvelle génération.

Ce paysage nouveau est confirmé par la progression spectaculaire de Jean-Luc Mélenchon dans des régions dominées par un électorat populaire. Il est en tête en Seine-Saint-Denis (34 %), ancien bastion de l'ex-ceinture rouge entre-temps passé au rose PS. Dans nombre de villes à direction communiste de la banlieue parisienne, il dépasse les 40 %. Dans le Nord et le Pas-de-Calais, sur ces terres où le FN a réalisé des percées spectaculaires, il enregistre des gains qui ne le sont pas moins. De plus, la sociologie de l'électorat des « insoumis » est en phase avec le profil de la population française, à la différence de celui d'Emmanuel Macron, tiré par la France d'en haut, et de celui de Marine Le Pen, tiré dans l'autre sens.

Reste à savoir s'il s'agit d'un feu de paille ou d'un phénomène durable appelé à se reproduire lors des législatives. Soit dit en passant, la question vaut aussi pour Emmanuel Macron qui compte sur l'effet d'entraînement né de la présidentielle pour imposer ses candidats ou forcer les transfuges venus du PS ou d'ailleurs à brandir l'étendard En marche. Au passage, il renverrait la droite et la gauche dans les limbes de l'Histoire en marginalisant tant LR que le PS, les deux courants qui dominent le jeu politique depuis la fin des années 70...

Jack Dion Directeur adjoint de la rédaction de la revue Marianne.
publié 13/05/2017 à 12:00