1914. – La guerre éclate. Personne ne bouge sauf ceux qui sont mobilisés. Isolés dans leurs fermes, les habitants ne sont au courant de rien. Seules quelques vagues rumeurs montent jusqu’à eux. Le 23 août, des soldats français redescendent. L’horizon est tout rouge : l’Est est en feu. Plusieurs habitants quittent leurs maisons pour se réfugier dans les bois tandis qu’on amène trois blessés à l’Hospice. Les Sœurs vont les cacher, les guérir et les faire évader. Le 25 août à 9 h.1/2 du matin les Hulans arrivent. Le lendemain ils sont repartis et le hameau retombe dans son attente. Si l’on n’entendait pas le canon de Verdun, on ne se douterait de rien. Pourtant le 16 mai 1915 un avion français dépose le douanier Letanoux aux Francs Bois. Le 31 mai ce même avion récupère Letanoux et dépose un autre douanier René Robert. A l’Hospice, l’Abbé Gonon rencontre Tutiaux (des Vieux Moulins), Rophidal et Robert qui vient chercher des renseignements. Il a apporté un panier de pigeons des Hauts-Buttés pour correspondre avec la France libre et concentrer les renseignements concernant les passages des troupes et leur armement. Tutiaux conduit Robert à Monthermé. En chemin ils rencontrent Paulin Jacquemin un négociant de Monthermé qui avait reçu pour mission de tenir Epernay au courant des mouvements de l’Armée allemande. Jacquemin s’enthousiasme pour la mission de Robert et avec une équipe de patriotes entreprend de collecter les renseignements : plans de tranchées, dessins et projets que les Allemands dressent à Monthermé aux usines St-Joseph, autrement dit le Champ du Trou. Ils voleront même une grenade type qu’ils emporteront, voulant l’envoyer en France par avion pour examen. Une question se pose : Où loger Robert ? Il faut une maison isolée à l’écart, d’où la fuite puisse être immédiate pour éviter la répression allemande. La maison Baijot répond à ces conditions. Baijot, contacté, bien qu’infirme et père de trois enfants, accepte spontanément. Aidé de l’Abbé Gonon, Robert gagne secrètement la ferme Baijot. De là, par pigeons, il envoie rapports sur rapports de 40 pages. Mais il y a un rapport sur ce que l’on fait aux usines du Champ du Trou et la grenade volée dans les mêmes usines.front_15-17.gif Ce rapport et la grenade sont déposés chez Tutiaux aux Vieux Moulins en attendant l’avion qui doit venir le dimanche 13 juin. Afin d’assurer la sécurité, on demande par pigeon que l’avion ne vienne pas le jour du pèlerinage. Le 14 juin, pas d’avion, le 15, l’avion se présente, mais il y a trop de curieux et les aviateurs se croyant trahis vont se poser près de la Neuville-aux-Haies. Victor Lemoine qui vient d’être déposé cherche le contact. Grafteaux trouve les pigeons qu’il avait amenés. Les Allemands qui avaient eu vent de l’affaire encerclent le village et se dirigent vers les Vieux Moulins, vers la ferme Tutiaux. Robert réussit à s’enfuir mais sans les documents. Tutiaux est pris avec le sac aux documents : il sera condamné à mort, verra sa peine commuée et mourra en prison à Vilvorde. Sa mère fera 42 mois de travaux forcés à Holsminden*. Aidé de l’intituteur des Hauts-Buttés Sappey, Robert réussit à gagner la Hollande et de là la France. Le 24 juin Baijot est arrêté et conduit à Givet pour interrogatoire. Le même jour vers minuit, des Allemands se présentent chez Paulin Jacquemin Paulin_Jacquemin.jpgpour l’arrêter. Il est abattu en tentant de s’enfuir. Ses enfants sont arrêtés. Cependant Baijot revient à Hauts Buttés. Pas pour longtemps, il est à nouveau arrêté le samedi 28 août, emmené à Charleville, condamné à mort à Mézières le 4 janvier 2016 et fusillé au fort des Ayvelles le 6 janvier. Il meurt courageusement : en Ardennais.

Je tiens à remercier toutes les personnes qui m’ont aidé dans la recherche des documents nécessaires à la rédaction de cet article et de celui qui suivra. En particulier celle qui m’a prêté la brochure écrite en 1938 par Henai d’Acremont et celles qui m’ont fourni les documents photographiques dont les reproductions illustrent le texte ".
C. SCHOTTE

  • Holsminden en Basse Saxe – Région de Hanovre.

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