DOUANES Charleville, le 11 août 1950
A.G.2 et A.G.I
Service Général
et Personnel
Le préposé LEY Jean
tué le 15 mai 1940

Le Capitaine,
A Monsieur l’Inspecteur principal

J’ai l’honneur de vous rendre compte que dans la deuxième quinzaine du mois de juillet dernier, MM LEY, père et fils, le premier instituteur à MUHLBACH (Haut-Rhin) et le second fonctionnaire de l’Enregistrement à COLMAR, ont parcouru les Ardennes en vue d’obtenir des renseignements sur les circonstances qui ont entouré la mort de M.LEY Jean, qui était respectivement le frère du premier et l’oncle du second, et qui, préposé des Douanes de Metz replié dans les Ardennes en 1939-1940 avec le 7ème Bataillon de douaniers, a été tué à VERVINS le 15 mai 1940. Ils s’étaient d’abord arrêtés à VERVINS et en étaient repartis avec l’impression que leur parent n’avait pas été inhumé dans cette ville car ils n’avaient pas reconnu un dentier présenté par le Maire comme lui ayant appartenu. A Hargnies, le préposé IMBERT, qui avait appartenu avec lui au poste militaire N°46, situé entre Monthermé et Hargnies, leur a déclaré qu’il l’avait perdu de vue le 13 mai 1940 à Rocroi et les a envoyés à moi du fait que je reste, dans la Direction de Charleville, l’un des rares officiers ayant appartenu au 5ème. Or, je n’ai pas connu personnellement le préposé LEY qui appartenait à la 5ème compagnie alors que je faisais partie de la 4ème, mais je me souvenais confusément d’un incident que je n’ai pas révélé à M.M LEY et dont j’avais eu connaissance après la défaite de 1940 en interrogeant des agents de ma section qui, au lieu de se porter sur une position de repli rapprochée ( MARENWEZ) ont finalement abouti à Paris d’où l’Administration les a dirigés vers leur unité en Haute-Savoie ; j’ai retrouvé alors dans mes archives personnelles des copies d’interrogatoires subis par les préposés RAVIGNY, HESBOIS et LIEGEOIS, tous trois de GIVET, dans lesquels ils déclarent que le 13 mai 1940, la Gendarmerie de RUMIGNY (Ardennes) retenait comme suspect un nommé LEY qui se disait alsacien et préposé des Douanes ; les agents en cause ne connaissant pas l’intéressé avaient cherché, en vain d’ailleurs, à le faire identifier par le Capitaine BRICHET commandant la 4ème compagnie puis, ils avaient poursuivi leur route vers l’intérieur. Or, deux de ces agents, les préposés RAVIGNY et HESBOIS, fournissent aujourd’hui des précisions qui n’ont pas été consignées à l’époque dans leur interrogatoire, et qui semblent éclairer la suite des événements d’un jour singulièrement troublant : on est porté en effet à se demander si le préposé LEY n’a pas été passé par les armes (cf exposé ci-joint du lieutenant à Givet). Je crois en tout cas que ces renseignements devraient rester ignorés de M.M LEY, bien qu’un étrange pressentiment les porte à craindre que l’accent germanique très prononcé du défunt ait pu l’exposer à être confondu avec un Allemand. Au moment où je ne me doutais pas qu’un tel sort avait pu être réservé à leur parent, je m’étais engagé à les aider dans leurs recherches et à leur indiquer, après investigations, les noms des agents qui avaient composé le poste militaire N°46, mais devant la gravité des faits que cette enquête semble faire entrevoir, je serais d’avis de signaler aux intéressés que je n’ai pas obtenu les renseignements promis. Quoi qu’il en soit, je serais obligé à mes supérieurs de vouloir bien me faire savoir s’ils approuvent ma façon de voir. J’ajoute que M.M LEY m’ont fait part de leur intention de demander à M. le Directeur Général de les aider dans leurs recherches. Enfin, on trouve la mention suivante au Livre d’Or du Corps des Douanes, page 28, sous la rubrique « Agents morts pour la France » : LEY ( Jean) préposé à Metz, soldat au 7ème bataillon de douaniers. Tué le 15 mai 1940. Jean_LEY_memorial.pdf

Signé : CAMUS



D.N.2695
J’ai l’honneur de transmettre la présente à Monsieur le Directeur Régional.
En accord avec M.CAMUS, Capitaine des Douanes à Charleville, j’estime qu’il serait délicat de fournir à la famille du préposé LEY Jean des renseignements qui pourraient conduire à des constatations troublantes. Le frère et l’oncle de cet agent, porté sur le livre d’Or au corps des douanes comme mort pour la France, ayant l’intention d’écrire au à M. le Directeur Général des Douanes pour effectuer des recherches sur les circonstances de sa disparition, il serait bon, je crois, de signaler à l’Administration les bruits qui courent dans la région concernant son attitude pendant la guerre et son arrestation par les gendarmes français.


Charleville, le 1er août 1950
L’Inspecteur Principal
Signé : LE CLANCHE



D.N.6741 Charleville, le 23 août 1950

J’ai l’honneur de transmettre les exposés ci-joints à l’Administration pour information. Etant donné les circonstances troublantes qui entourent la disparition du préposé LEY, je ne puis qu’approuver les conclusions du Chef divisionnaire de Charleville. Je précise qu’aucune enquête n’a été menée par mes soins auprès des services de la gendarmerie.
Le Directeur Régional
Signé : ILLY

N° 2188 Paris, le 9 septembre 1950

Même avis.

L’Administrateur,
Signé : …..



DOUANES Givet, le 29 juillet 1950

Mon Capitaine,

En réponse à votre lettre du 24 courant, j’ai l’honneur de vous adresser les renseignements que j’ai pu recueillir au sujet de la disparition du préposé LEY de la direction de Metz. Cet agent se trouvait effectivement au poste 46, dont les hommes qui le composaient se trouvaient sous le commandement de Monsieur le Capitaine à Monthermé ; je n’ai donc pu trouver la liste dans les archives de la Capitainerie de Givet. Des agents de Givet que j’ai interrogés se rappellent très bien de LEY, en particulier le brigadier-chef ANIQUET et le préposé CHAVANNES qui étaient à Hargnies, comme IMBERT ils l’ont perdu de vue à Rocroi. Les préposés RAVIGNY et HESBOIS, lors du repli de Mai 1940 et à leur passage à RUMIGNY (Ardennes) ont été appelés par les gendarmes de cette localité qui les ont emmenés à la prison afin de leur faire reconnaître un douanier qui avait été arrêté par eux alors qu’il coupait des fils téléphoniques. Ils reconnurent LEY qui était dans une cellule occupé à compter plusieurs liasses de billets de 1.000 Frs. Aux dires des gendarmes, LEY ne voulut rien dire et il était en possession d’un livret militaire allemand. Il avait dû servir dans l’armée allemande, en qualité de sergent pendant la guerre 1914/1918. Il a dû également être interrogé par les officiers de l’Etat-Major venus spécialement de Dizy-le-Gros (Aisne) qui auraient dit : « puisqu’il ne veut rien dire, il sera passé par les armes à 18 heures . » J’ajoute qu’au poste 46, LEY paraissait suspect à ses camarades. Il semblait toujours aux aguets et écoutait toujours les conversations des officiers. Aux dires d’ANIQUET et de CHAVANNES ses camarades de Metz se promettaient de le « descendre » au moindre geste suspect lors des événements de 1940. Les agents repliés de Metz, en service au poste 46 devaient se nommer : MATHIEU, archiviste à la direction de Metz, LALLEMAND et GRELIER. A mon avis, il serait intéressant de savoir si, à RUMIGNY se trouvent encore des gendarmes en service dans cette localité en 1940, ils pourraient confirmer les déclarations de RAVIGNY et d’HESBOIS. Dans l’espoir que ces renseignements, qui ne sont pas de bon augure, permettront de retrouver les traces de LEY, recevez mon Capitaine mes respectueuses salutations.
Signé : MOIRET

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