Logiquement, les anciens chefs de gouvernements ont eu tendance à appeler à leurs côtés des commissaires européens venus du monde politique, et c’est ainsi que les directions générales de la Commission se sont vues chapeautées par des commissaires incapables, faute de compétences techniques et juridiques, de leur tenir tête. A cela s’ajoute, depuis la réforme Kinnock (cheval de Troie d’une Angleterre sectatrice d’une Europe réduite à l’état de marché), un affaiblissement du niveau des fonctionnaires dans les échelons inférieurs dû à un recrutement basé non plus sur les connaissances communautaires et l’engagement personnel européen, mais similaire à celui en vigueur dans les entreprises internationales ( exit là aussi la dissertation). Conséquence : non seulement ces nouveaux fonctionnaires n’ont pas de vocation européenne, mais ils sont souvent recrutés pour leur indifférence même à l’idée européenne, au grand bénéfice des multinationales et des lobbyistes arpentant la capitale belge.

Voilà comment l’Union Européenne, née pour mettre fin au suicide européen, après deux conflits mondiaux au XXe siècleBombardement_de_Reims_durant_la_Premiere_Guerre_mondiale.jpg, est minée de l’intérieur par les successeurs mêmes de ces hommes politiques (De Gaulle, Adenauer, Robert Schuman, Jean Monnet...) qui avaient su sacraliser l’idée européenne et créer les institutions nécessaires à son fonctionnement dans l’intérêt commun, en préservant tant que se peut la Commission du contresens que constitue le fait d’avoir une direction « politique », forcément tiraillée par les intérêts nationaux et insuffisamment préparée techniquement et juridiquement. Sans oublier la facilité coupable à laquelle ont cédé les dirigeants nationaux (signataires des traités) en adoptant une position schizophrénique, europhile à Bruxelles et devant le Parlement de Strasbourg, contemptrice de l’Administration Bruxelloise à Paris et dans d’autres capitales, faisant avec duplicité de l’Europe qui amortit souvent la violence des crises, un responsable des difficultés.

La fragilisation de l’Union Européenne et sa disparition ne servent et ne serviront que les intérêts des acteurs économiques d’une mondialisation mal contrôlée, et les politiciens madrés prétendument anti-establishment, à l’image de Marine Le Pen (aussi conservatrice que François Fillon quant aux mœurs politiciennes) qui fait les poches (emplois fictifs) de l’institution qu’elle dit vouloir supprimer tout en stipendiant, suivant la ligne fixée par son père, sa supposée trop grande générosité envers des migrants ayant tout perdu, pendant que, selon la journaliste Martina Meister, dans sa luxueuse villa de Montretout : « Jean-Marie Le Pen, se complait dans le malheur, échafaude des scénarios catastrophe, des invasions d’Africains, une guerre civile qui se clôturera par la mort du président, sodomisé trente fois ».

Une psychose familiale surgie de Sigmaringen et le cynisme d’une génération de politiciens n’ayant pas connu la guerre laminent l’idée d’unité dans la diversité portée par l’Europe. À savoir, en conscience…