Monsieur,

J’ai l’honneur de vous donner ci-après le résumé, rigoureusement exact de l’activité que j’ai déployée en faveur du Pays.
Juin 1943 : Je donne mon adhésion à la Résistance et deviens le chef du groupe des Douanes jusqu’à Fumay. A partir de ce moment, M.M. Malaise et Willem me rendent de fréquentes visites. Sur la demande de Mr. Malaise, je me livre à une étude de la situation dans la région de Givet et lui soumets des propositions : projet de destructions, de harcèlements, armement et personnel nécessaires, situation du P.C Pichegru etc…( Voir les archives de Mr. Malaise ). Je fournis également un plan détaillé du dépôt d’essence et du Port Ballastière et j’en donne les coordonnées.
En juin ou juillet, j’escorte un parachutiste anglais que je remets à Mme Dubois ( Fille Barré ) et à Mr Ville de Vireux, en présence de Mr Delocquer qui l’a hébergé. Le lendemain, j’en conduis un autre dans les mêmes conditions ; le premier était le Sergent John CAVE NZ 42321 RAF Stn Mildenhall de Suffolk, tandis que le second était le sergent John SPARROW, 1396137 RAF Station Mildenhall Suffolk. J’avais eu à leur trouver une filière.
Septembre 1943 : Le 21, je vais attendre Mr. Malaise aux Trois Fontaines qui doit amener une camionnette prise à Revin à l’ennemi ; l’entreprise a été différée mais elle réussit le lendemain. Nous démontons la bâche sur le bord de la route et entrons à Givet où je guide la voiture vers le garage, l’entrée du local est petite, nous éprouvons beaucoup de difficultés pour rentrer la voiture.
Novembre 1943 : Le Brigadier Barré est arrêté ; le lieutenant Ville part précipitamment en permission. J’apprends que la Gestapo surveille le retour de ce dernier et l’en avertis dés sa rentrée. Il s’enfuit. Il est question de m’arrêter, j’en suis averti par le douanier Mercier qui le tient d’une femme qui est en rapports avec les allemands. A Charleville, j’obtiens confirmation du danger. Je ne suis cependant pas inquiété.
Janvier 1944 : Mme Delocquer m’avertit que Goffette Justin, Harpiny, Anceau, Venant et d’autres personnes de Vireux vont être arrêtées. Je cours à Vireux et fais prévenir les intéressés. 15 jours plus tard, Mme Delocquer annonce un danger immédiat pour les mêmes personnes. Je me trouve alors à Paris. Ma femme appelle Roguin qui fait le nécessaire.
Février 1944 : Mme Delocquer m’avise qu’un nommé Glosset, de Vireux, aura la visite des gendarmes, car il possède un poste émetteur. Je vais à Vireux mais ne trouve pas l’intéressé. On finit par le découvrir, il est mieux connu sous son sobriquet et c’est Arthur Lefebvre qui le prévient. On sait à Vireux que j’ai averti plusieurs personnes du danger qu’elles ont couru ; le douanier Dussart me prévient. Je me sens brûlé et fais courir un bruit contraire. Après la mort de Mr. Malaise, au sujet de laquelle je reçois d’ailleurs un faire-part, je traverse une longue période d’inactivité. Je prends finalement contact avec son remplaçant, Mr Vigneron et me tiens à sa disposition. Pour faciliter les liaisons et le ravitaillement du maquis, je couvre des absences prolongées de plusieurs douaniers : Delavault d’Hargnies est malade pendant plus d’un mois ; je place Roguin en situation de détaché, il ne fait presque plus de service à partir du mois de mai. Je couvre encore des services fictifs des hommes qui vont monter la garde dans l’attente d’un parachutage.
Fin août 1944 : Je me tiens toujours à la disposition de Mr Vigneron et celui-ci compte toujours m’appeler au maquis s’il reçoit des armes. Je lui envoie des comptes rendus par les agents de liaisons et lui signale notamment que j’ai pris possession des fermes allemandes de Mon Plaisir et de Rancennes où j’ai placé des gérants qui procèdent à des inventaires et surveillent les biens et les récoltes. J’appelle également son attention sur la ferme d’Aubrives dont la gestion a été confiée à une personne qui paraît devoir être remplacée.
Le dimanche 3 Septembre, après une apparition dans ma famille à Hierges, je rentre à Givet vers 15 h 30 où j’assiste au pillage du magasin Ozanne. Le passage du pont de Meuse est interdit. Seule Mme Plançon peut le franchir ; elle est chargée devant moi par le Maire de prévenir Mr Héron que les allemands prendront des otages si l’on tire encore sur eux. Etant bloqué sur la rive gauche je me tiens au Grand-Givet où je resterai jusqu’au bout.
Le lundi 4 septembre, du grenier de Mr Chanut, je repère les positions allemandes sur le mont d’Haurs et les porte sur un plan au 1/5000 qui est envoyé aux Américains par Cavali. Le mardi 5, je fais surveiller le port ballastière et l’usine des engrais où l’on pille. Je me tiens au Commissariat de police et vais prospecter la région des 4 Cheminées.
Le mercredi 6, je perquisitionne chez le Docteur Tilman où la population croit qu’il se trouve des Allemands. Avec Mr Declef, je vais trouver le Commandement américain, à la sortie d’Agimont, et lui signale à nouveau les positions ennemies. Nous étions à peine rentrés à Givet que Mr Parmentier arrivait de la part des Américains pour nous demander un plan : Parmentier en a emporté un et dés le soir même, un violent tir était déclenché qui libérait la ville de Givet. Je crois devoir signaler également que j’ai favorisé et organisé l’abatage clandestin. Après m’être renseigné sur le nombre des inscriptions de chaque boucher, j’ai fixé le nombre de bêtes dont chacun disposerait par semaine. Le Contrôle des Prix et le Ravitaillement Général fermaient les yeux mais pour moi la chose était plus compliquée car il me fallait user d’artifices dans la comptabilité du compte-ouvert. Au cours de l’exposé qui précède, j’ai omis de signaler à son rang le fait suivant : 21 novembre 1943 : Je sui appelé chez Mme Dieudonné, bouchère, par Mr Tondu qui est venu de Belgique dans le but d’abattre l’interprète Guillermin. Il me demande de surveiller celui-ci pendant deux jours et de le renseigner sur ses allées et venues. Je le revois le lendemain et fournis les renseignements attendus. Tondu veut en finir le soir-même et réclame ses armes. Je charge 2 douaniers ( Roguin et Haunet ) d’aller les lui chercher. Guillermin a été abattu dans la soirée. Puiseux, du « Chaland qui Passe » est suspecté du meurtre. On me demande de lui faire passer la frontière ; je lui ménage un passage et il part avec Roguin portant une pélerine de douanier sur le dos."

Certifié sincère et véritable
Le chef de secteur de Givet
Vigneron
Le Capitaine des Douanes Camus Paul
a été proposé pour une récompense
( diplôme de reconnaissance- lettre Dr )
Vigneron

  • Jean Vigneron, alias « Parfum » dans la Résistance. Fait prisonnier lors de la campagne de France, il s’évade et rallie à Paris les organisateurs du mouvement « libération-nord ». A partir d’octobre 1941, il organise depuis Fromelennes un réseau de renseignement et de propagande. A partir de 1943, il amène au maquis un nombre de plus en plus important de réfractaires au S.T.O ( Service du travail obligatoire ) qu’il cache sur les hauts de Vireux-Mohlain dans une ferme vide de ses occupants.


ATTESTATION

" Je soussigné CAMUS Paul, Capitaine des Douanes à Singen ( Zone française d’occupation en Allemagne ), anciennement officier des Douanes à Givet ( Ardennes ) de 1938 à 1945, certifie que M. ROGUIN René, Brigadier des Douanes à Givet, a été mobilisé sous mes ordres le 2 Septembre 1939 et a été fait prisonnier, les armes à la main, le 16 Mai 1940 à Montcornet ( Aisne ), au cours de la retraite de son unité, la 4ème Compagnie du 5ème Bataillon de Douaniers.

Il a été rapatrié d’Allemagne en Mars 1941 et a manifesté, dés sa rentrée, des sentiments hostiles à l’ennemi.

Entré dans la Résistance dés que celle-ci a été organisée par M. MALAISE dans le secteur de Charleville à Givet, il y est rapidement devenu un agent précieux de propagande, diffusant les journaux clandestins, militant contre le travail obligatoire et assurant le ravitaillement des réfractaires puis du maquis.

M. Roguin a prêté en outre son concours à l’élimination du traître GUILLERMIN de Givet ; il a permis à plusieurs personnes de Vireux ( HARPINY, CHOQUET, etc…) d’échapper à la Gestapo en les prévenant en temps utiles de l’imminence de leur arrestation ; il a guidé et hébergé de nombreux prisonniers évadés ainsi que des aviateurs alliés tombés dans les lignes ennemies ; il a recueilli des renseignements militaires et participé à l’acheminement du courrier d’espionnage ; il a recueilli dans l’organisation dont il faisait partie un parachutage d’armes et de munitions ; enfin il a entraîné dans la lutte sourde et sans merci qu’il livrait à l’ennemi, son fils unique, André, qui est tombé à ses côtés, à l’âge de 18 ans, sous une rafale de mitraillette alors que tous deux revenaient, porteurs d’emballages vides ayant servi à transporter les vivres qu’ils venaient de remettre au maquis stationné à Charnois.

Tel est en résumé, l’aperçu très exact et fort incomplet de l’activité patriotique déployée par M. ROGUIN durant l’occupation allemande."

Singen, le 26 mars 1947

P. Camus

Lettre_du_Capitaine_Camus_a_Mr_Vigneron_Septembre_1944_p1.jpgLettre_du_Capitaine_Camus_a_Mr_Vigneron_Septembre_1944_p2.jpgAttestation_du_Capitaine_Camus_pour_Mr_Rene_Roguin.jpgLe_Lion_belge.jpg