Aux premières heures de la journée, l’ambulance D.P de la Ville a été prise par la Fluba 1 allemande pour transport d’un blessé à Dinant. Accidentée en route, elle aurait été laissée dans un garage à Waulsort. A 2 heures du matin, Mme Lecoq, habitant sous Charlemont, a reçu la visite de SS qui lui ont volé 9 lapins, beurre, pommes de terre, confiture, pain. Je lui ai remis 10 jours de tickets isolés civils. La felgendarmerie et les douaniers allemands sont partis. Je prends toutes dispositions pour éviter le pillage. J’interviens maison Plançon avenue Lartigue ou les femmes de ménage emportaient bois et charbon. Je me fais mettre en joue par les allemands. Les vols de voiture et de vélos se succèdent : Voitures Pirlot, Dautref Plançon et Lefèvre, vélos échangés : Cardinal rue Luxembourg et Dahout rue D’Estrées. Villeval boulanger à la Soie est volé de 20 kilos de pain par les SS. Les allemands ont jeté dans la Meuse face au jardin public, une carcasse de voiture. Dans la soirée la Meuse est grenadée par les allemands. Le garde Pèche intervient et les poissons récupérés sont portés à l’hospice. Ferreira récupérait dur. Le 30 au matin, deux hommes de la Fluba sont partis en motocyclette vers Dions porter un poste T.S.F aux putains BORE qui faisaient la noce avec eux chez G....r. On annonce le départ des allemands de la ferme Montplaisir déjà les ouvriers se servaient, j’y monte avec le capitaine Camus, Presclerc, les gendarmes et nous installons une garde avec le préposé des douanes VILLE pour faire de suite un inventaire. Jaquot a un cochon. L’officier allemand me donne la liste des ouvriers qui méritent 100 kgs d’orge car ils n’ont pas été payés. Malgré notre garde, dans l’après midi, 27 vaches partent vers Dinant emmenées par les allemands et une fille Paris Angèle de Agimont. Le capitaine Camus suit l’affaire. Une garde est également placée au port pour éviter les vols de charbon. A la felgendarmerie les postes Gillain et Angelo sont récupérés. La machine à écrire a été broyée avant leur départ. On signale que la ferme des Canards, le logement Estele Thiot, le logement Briquelet père ont été visités par les allemands.

JEUDI 31 AOUT

Le vol des voitures continue : Cenfesson Braconnier, le garage Moutté est forcé. Les vélos Cochery et Borsu de Chooz sont pris. La Caserne Mangin a été pillée ( liste des voleurs remise à Héron ). Le café du Nord, le Café Lefèvre, et le café Puiseux avenue Pasteur sont dévalisés par les Boches. A signifier l’attitude des femmes Doxot, Charlier, Guillaume Lange qui se sont saoulées toute la nuit avec des SS dont la voiture est en panne rue Fausse porte.

VENDREDI 1 SEPTEMBRE

Vers 9 heures bombardement du quartier Bon Secours. Une bombe Ginéfri, 2 bombes Leurs, 2 bombes Aunet. Les employés de gare allemands réquisitionnent 100 pains qu’ils ne viendront jamais chercher. Le poste T.S.F de la Fluba a été pris par Monsieur Hollande Laurent ouvrier à la ville qui le détient chez lui. A 5 heures intervention de l’armée blanche belge qui tire depuis le Mont d’Haurs. Représailles allemandes au petit Givet. Le fils du douanier ROGUIN est tué. Pièrard est blessé de 2 balles au talon, Daubercies de 5 balles à la jambe. Wathy est gravement blessé alors qu’il s’abritait dans le blockhaus de Flohimont près la Meuse. Transporté chez Coquelle ou madame Viola lui donne les premiers soins puis au poste de secours. Pas de docteurs en ville. J’installe le poste de secours avec l’aide précieuse de Madame Plançon et de la famille Coquelle dont le dévouement est digne d’éloges. On tire dans toute la ville, les rues ne sont pas sures. Wersand livre 20 pains et Fenaux 25 qui serviront à l’hôpital. Vers 7 heures du soir, gros bombardement des Cités de la soie. Gros dégâts matériels, un blessé léger Vitoux éclat dans le mollet. Un blessé très grave COLLARD Georges père de 6 enfants. Sur place l’équipe d’urgence comporte quelques éléments courageux. Bouleux prisonnier libéré fait les premiers pansements et les blessés arrivent vite au poste de secours. Pas un docteur. Il faut prendre ses responsabilités. Avec Madame Plançon, Bouleux et la famille Coquelle, avec Mme Marie Bockstal, on enlève les pansements, on nettoie les plaies affreuses de Collard. Le pied est à amputer. Les ciseaux ne coupent pas assez. Avec un bon couteau de cuisine j’ampute le pied, nous ligaturons les artères. Désinfection : piqures sérum anti T, morphine sérum physiologique. Les pansements refaits tiennent. Le garrot est enlevé. Il n’y a pas d’hémorragie. Le courage de Collard durant ce calvaire est inimaginable. Nous recevons à l’hospice quelques sans abri de la soie que nous nourrissons. Nous couchons tous à l’Hôpital.

SAMEDI 2 SEPTEMBRE

Les blessés doivent être opérés d’urgence. L’auto des pompiers nous reste. MINET marcel s’offre à la conduire. Coquelle père et fils accompagnent. Ils partent à 10 heures avec Collard Wathy et Vitoux. Ils seront rentrés vers midi avec Vitoux opéré. Collard et Wathy sont restés à l’hôpital de Dinant. Cette mission difficile a pleinement réussi. Dans l’après midi l’auto des pompiers est volée par les allemands. Monsieur Saxe route de Bon Secours a été tué à Foisches le 1er septembre. Un tank boche brûle sous Charlemont. Les allemands minent le pont et occupent le poste. L’Hôpital s’organise pour loger et nourrir les sinistrés. Melle Renneson s’occupe de la soupe populaire. Les voitures Giraud Declef père et Crédit Lyonnais sont enlevées. Scalabre est revenu. Un allemand a été tué au cours du bombardement prés château Chatain. Dans la pâture DECLEF un mouton et une génisse sont à enfouir.

DIMANCHE 3 SEPTEMBRE

Le père Verrier de Chooz est décédé à l’Hospice. Visite à la Soie. Le corps de l’allemand est enseveli dans le Château Chatin ( sic ). Sa Plaque est en mairie : FL.H.kdtr E. SACHAU.203. Des consignes sont données aux boulangers et aux cultivateurs pour le ravitaillement. A signaler comme courageux : MINET Marcel, Mme Plançon, famille Coquelle, et les hommes qui ont transporté les blessés ( fils Rouyer, Boby Gilles, Toto Chanut. Zandomeneghi assure le transport du lait Hanoul Givet. On signale le pillage de la baraque du tunnel et de la Fluba ( 2 armoires Anxionnat, Stavart, Feraille une cuisinière Richard et Boudghacem caisses ). Le petit magasin pillé a vendu ses marchandises sans tickets à la population. Braconnier nous raconte le cas Kleinerman qui ne veut pas repartir. La veuve Beulier Bacilièri a été attaquée dans sa maison ( Rapport Boby Gilles ). Mary est dépanné comme boulanger. Le pain est assuré quant à sa fabrication. Vers 12 heures 50 des coups de feu dont tirés dans le centre de la ville. 2 allemands sont blessés sur le pont. La Feldkommandantur m’avise que si les francs tireurs continuent leur action, je serai pris comme otage avec d’autres et fusillé. Le magasin Ozanne est visité ( bon remis ). La ferme Spick est réquisitionnée. Monsieur Rigaut conseiller municipal essuie un coup de feu chez lui. Il est blessé à la mâchoire. Dans la soirée, vols par les allemands dans de nombreuses maisons. La situation est très tendue. Le capitaine Camus me propose de m’enfuir, mais je tiendrai jusqu’au bout.

LUNDI 4 SEPTEMBRE

Toujours pas de docteur. Le pansement Rigaut a été fait par Mme Lavigne. L’horloge est arrêtée. 10.50 le pont saute. Le grand Givet est libéré. Enfant Canazze blessé. La viande de Dieudonné est vendue par Wauthier. Vers midi Cavalli estafette F.F.I annonce 5 tanks américains sur Foisches. Je l’envoie une première fois les prévenir qu’une batterie allemande est en position au Mont d’Haurs et une deuxième fois il fait la liaison pour porter un plan où avec le capitaine Camus nous avons relevé les emplacements. Les casiers de bière Ebling de la Fluba ont été enlevés par Jacquot Ménestret, Anxionat et Dalla Monta. Les placards de la L.V.F sont enlevés par la S.N.C.F et les documents emportés à la caserne des douanes. On s’inquiète de la réception des Américains. Le bureau du maire est nettoyé. Il y aurait 1000 bouteilles de champagne chez Lassalle. Un veau blessé à la ferme Declef est tué et réparti moitié sinistré soie, un quart abri école et un quart hôpital. Le 2ème veau Declef blessé est crevé. Monsieur Boivin donne une cartouche cigarettes troupe. La maison Javelot est requise pour loger De Vaumas non exécuté. Vers 2 heures 3 éclaireurs américains arrivent sous la conduite du Nord belge Jacques. Ils observent le Mont d’Haurs depuis chez Toto Chanut. Des allemands serraient à la maison carrée. Un obus allemand fauche un groupe de 4 hommes dans les cités. Les Docteurs sont là. Braquet fils a un doigt coupé et des éclats dans les deux cuisses, HUBERT employé chez Gondrand est gravement atteint. Il meurt à l’hôpital. Son alliance est remise au bureau du Maire. L’artillerie donne. Les Docteurs disparaissent.

MARDI 5 SEPTEMBRE

Dans la nuit de Lundi à Mardi la ferme de Bon secours brûle. 200 quintaux de blé perdus. Dés le matin de mardi, salves d’artillerie. On signale au Grand Givet les points d’eau. 12 balais achetés chez Vandevelde 2 kilos de carbure chez Lamasse. 1 paquet papier pelure chez Aergeets. Faire les bons. Dechambre retire un lit complet lui appartenant au café Traverso. Vers 3 heures de l’après midi, le jeune Cosma qui regardait à la jumelle et à découvert la rive droite de la Meuse est tué face à la maison Richard rue du Puits. Avec Dupetit et Plançon nous allons le ramasser et le conduisons à l’hospice. Famille prévenue succession remise. Le brigadier de police Henri m’annonce 100 litres d’essence ( Prise Minet S.N.C.F aux boches ). HERON 2 parti à petit Doisches Lundi à 2 heures n’a pas donné signe de vie. Dans la soirée on a des nouvelles de Rocroi par le gendarme Garrez. Je lui signale qu’un retour offensif des allemands est à craindre pour le Grand Givet. En hâte on alerte Rocroi et 14 F.F.I arrivent dans la soirée. Avec des civils on installe des postes de garde le long de la Meuse, sous le commandement du gendarme Noel. Valentine et le père Mathy auraient été voler chez Astaud ( rapport Malland ).

MERCREDI 6 SEPTEMBRE

Le détachement F.F.I de Rocroi se rassemble en mairie. On décide de le renforcer à nouveau. Le problème urgent qui s’impose est celui du maintien de l’ordre et de la lutte contre tout pillage. Une annonce est faite dans ce sens. Le capitaine Camus et ses douaniers et la police locale surveilleront. Le gendarme Noël :

1 Fait procéder à l’arrestation de Kleinerman sujet allemand caché chez Braconnier. Une paire de chaussures, une veste, deux pantalons et trois chapeaux sont laissés pour les sinistrés.

2 Fait perquisitionner chez la femme Pierlot rue Méhul.

3 Fait réquisitionner les vélos Buchmann et Graux père place Méhul.

Décès de Melle Hoche rue Thiers Les clefs Luc place Méhul sont remises en mairie. Faire récupérer la jumelle Richard et les cartes de travailleurs de force de la firme Holzman. Dans l’après midi je monte avec le capitaine Camus, Lardenois et Clerget faire la liaison avec les Américains à Gochenée. Je les renseigne sur la situation de Givet a demi libéré et les craintes de réactions de la batterie Mont d’Haurs. Le soir Parmentier nous demande un plan et nous avise que les américains feront le nécessaire. Après le repas de midi le groupe F.F.I Rocroi est parti pour Chooz avec un camion NSKK récupéré. Je fais aviser Gochenée que la porte de Rancennes est minée ( liaison Collinet Lardenois ).

JEUDI 7 SEPTEMBRE

Dans les premières heures violent duel d’artillerie. A 7 heures du matin j’apprends que la batterie allemande est partie. Le petit Givet revit. Je peux annoncer à la foule devant la mairie que Givet en entier est libéré. Le coq du monument aux morts que je cachais depuis trois ans est hissé sur le perron de la mairie et comme la population appréhende déjà des collaborateurs et des femmes, je fais mettre à l’ombre les femmes et les hommes arrêtés par la foule et j’annonce à tous qu’il faut attendre l’arrivée des chefs FFI pour prendre toute décision. Vers onze heures Marceau Devie 3 arrive avec un camion et des hommes . J’attends dans le bureau du maire toute décision. Personne ne me prévient que je suis relevé de mes fonctions de maire mais je le sais et dés que Monsieur Renaud et Jeanmert arrivent, je leur explique la place des dossiers, et remets à Monsieur Renaud les clefs de mon tiroir de bureau et de la porte de mon bureau. L’après midi, Monsieur Scalabre me demande de remonter à la mairie. Dans mon bureau je trouve de nombreuses personnes que je suppose être de nouveaux conseillers. Je quitte mon bureau pour Chooz vers trois heures de l’après midi. Depuis huit jours je me suis donné de tout cœur à la collectivité. J’ai fait jusqu’au bout mon devoir et l’amertume que je pourrais ressentir en quittant cette pièce et ce poste auquel je me suis donné pendant 4 ans est atténuée par la satisfaction que j’éprouve du devoir accompli jusqu’au bout ».

GIVET le 8 septembre 1944

ROGER DECLEF

1- FLUBA ( sous réserve ) : unité de la Whermacht chargée de l’acheminement du carburant.

2- HERON Albert, né le 8 janvier 1912 à Agimont, domicilié à Givet ; exécuté par les allemands le 6 septembre 1944. Résistant FFI, agent de liaison du chef de secteur de Givet, capturé puis abattu par les allemands à Mesnil-Saint-Blaise ( Belgique ) au cours d’une reconnaissance avec des éléments blindés de l’armée américaine.

3- MARCEAU DEVIE, né en 1907 à Hargnies, domicilié à Aubrives ; agent de renseignements des réseaux franco-belges « Bayard Poisson Chinois ». En 1944, il prend la direction des équipes de sabotages dans le secteur Vireux-Givet. Nommé, en avril 1944, responsable départemental militaire du mouvement Libération-Nord, à l'initiative de Jean Vigneron, chef du secteur de Givet. Cf l’article d’André Majewski « Un rapport inédit sur la Résistance à Vireux » publié par VRG le 13 avril 2011.

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