animaux_traduits_en_justice.jpgEntre les IXe et XVIIIe siècles en Europe, des animaux furent jugés pour délits par des tribunaux ecclésiastiques. Parmi les pires criminels figuraient les porcs et les charançons. En 1906, dans son livre The Criminal Prosecution and Capital Punishment of Animals ( Poursuites criminelles et peines capitales à l’encontre des animaux ), E.P Evans affirme que le nombre important de porcs traduits en justice s’explique d’abord par leur omniprésence dans la rue au moyen âge. Accusés d’arracher oreilles et nez d’enfants, ils furent souvent condamnés à la peine de mort. L’auteur relate la fin d’un porc pendu en 1394, reconnu coupable de sacrilège pour avoir mangé une hostie. Un autre fut condamné à la même peine pour avoir dévoré un enfant un vendredi, ce qui constituait une circonstance aggravante.

Evans répertorie 200 exécutions à partir du peu d’archives conservées. Elles concernent des porcs et des charançons, mais aussi des taureaux, chevaux, anguilles, chiens, moutons…Des dauphins furent jugés et exécutés en 1596 à Marseille, sans que le motif nous soit parvenu.

Barthelemy_de_Chassaneuz.jpgLa peine capitale n’était pas forcément requise. Il n’était pas rare que rats, sauterelles et charançons reçoivent une missive leur enjoignant de quitter maisons et champs. Barthélemy de Chasseneuz, célèbre avocat du XVIe siècle, s’était spécialisé dans la défense des animaux pour avoir été commis d’office à plusieurs reprises. Parmi sa clientèle, des rats avaient été accusés d’avoir dévoré et anéanti la récolte d’orge d’Autun. Il plaida la difficulté de convoquer tous les accusés au tribunal, faisant valoir : " la longueur de ce voyage plein de périls causés par la vigilance incessante des chats. Car, surveillant leurs faits et gestes et animés de sinistres intentions, leurs ennemis mortels les attendaient derrière chaque recoin, tapis en embuscade ".

Souvent, la condamnation consistait en un anathème, malédiction censée interdire un comportement néfaste. Evans rapporte l’anathème jeté par un prêtre sur un verger, coupable d'être préféré à la messe par les enfants pour ses fruits. Le verger devint aussitôt improductif, jusqu’à ce que la levée de la malédiction soit ordonnée par la duchesse de Bourgogne.
Le recours à l’anathème était fréquent contre les charançons, responsables d'importants dégâts. En 1545, une plainte fut déposée par des viticulteurs de Saint Julien. Les charançons devaient reconnaître leur péché et débarrasser les lieux. Ils s’éloignèrent, mais revinrent trente ans plus tard, obligeant la ville à les traduire en justice. Un compromis leur fut proposé sous la forme d’une terre située hors de la ville sur laquelle ils auraient toute liberté. L’avocat des charançons refusa l’offre « car l’endroit était inhospitalier et ne produirait pas assez de nourriture pour sustenter ses résidents ». La décision du tribunal ne nous est pas parvenue, mais si l’on se réfère aux affaires du même type, il est plausible que les charançons se soient vus, une nouvelle fois, ordonner de quitter la ville sous peine d’anathème.

tribunal_d_animaux.jpgTraduire des animaux en justice concourait à leur humanisation...dans un monde où nul n’échappait au regard de Dieu. Mais cette humanisation avait ses limites. La preuve : les animaux n’ont jamais siégé dans les tribunaux ecclésiastiques. Dommage, l’Inquisition aurait été moins féroce.

  • Sources : Matt Simon – Wired Magazine – San Francisco
  • L'ouvrage de E.P Evans n'a jamais été publié en France