A la rentrée 1925, Daumal et Vaillant préparent l'Ecole Normale Supérieure à Paris alors que Meyrat et Lecomte restent à Reims, ce dernier ayant échoué au baccalauréat avant d'intégrer l'école de médecine l'année suivante.

En juin 1928, ils publient le n° 1 de la revue du Grand Jeu, dans lequel on l’on peut lire :

« Nous ne voulons pas écrire, nous nous laissons écrire » et « nous nous donnerons toujours de toutes nos forces à toutes les révolutions nouvelles »

Mais aussi
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« Le couteau coupait les oignons
Des Tombes »

Où encore

« Les lettres des morts arrivent dix ans après »

L’influence surréaliste est nette. Cependant, pour avoir notamment écrit : « Nous défendrons Sacco et Vanzetti, nous préférons Landru », ils seront mis en procès par André Breton. La rupture avec le surréalisme suivra, et faute d’argent le n° 4 de la revue ne sera pas imprimé, signant la fin du Grand Jeu.

Dés lors, pendant que Lecomte se détruit : « Il était persuadé, écrira Daumal à Jean Ballard, qu’une fatalité pesait sur lui, due à l’hérédité ; qu’il ne pouvait pas s’accepter tel qu’il était, se supporter, supporter la vie – sans la drogue. Au fond, bien que je l’ai toujours vivement contredit là-dessus, je crois que c’était vrai », René va vivre une autre vie, suivant l’enseignement de Gurdjieff et dénonçant « l’Etat de mensonge » de sa vie antérieure, comme il l’écrira à Jean Paulhan dans une lettre datée du 1er mai 1937, position qu’il exprimera aussi dans un recueil : « J’ai cru pendant quelques temps que l’activité poétique, mettant en jeu le tout de l’homme, suffirait à ma vie. J’ai dû déchanter ». ( La Vie des Basiles. Chaque fois que l’aube paraît, Gallimard ).

Mais contrairement à Rimbaud, il choisit ne pas se taire mais de toujours parler au nom d’une Vérité impersonnelle qui réclame un acte de communion, une participation avec l’autre : « Auprès de quelqu’un que j’aime, je cesse de me croire arrivé quelque part et je cherche avec lui. Et la honte de penser que j’avais cru quelque chose atteint me rabaisse en dessous de lui et alors je cherche en poussant avec lui par en dessous. C’est pourquoi je suis toujours stupéfait de voir comme je ressemble à qui j’aime » ( lettre à Maurice Henry ). L’expérimentation est toujours là, mais radicalement autre. Il n’est plus question d’en rester aux intuitions mais d’un effort continu dépassant l’acte instantané, lucide, conscient, pour saisir ce qui se dérobe dés qu’il est à portée.

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« Quand nous ne voulons plus sourire
Ni sangloter dans le ventre céleste
Nos bras tournent grinçant dans des chambres de plomb
La nuit de vérité nous coupe la parole »

Nénie - DAUMAL

Bibliographie succincte et subjective :
Le Mont Analogue, René Daumal, Gallimard.
Le Contre-Ciel, René Daumal, Poésie/Gallimard
Le grand jeu, Michel Random, Denoël essai 1970