Au delà du cas Fillon, c’est à la chute d’une génération que nous assistons, celle des baby-boomers nés entre 1941 et 1955. Génération dorée qui a bénéficié de circonstances exceptionnelles, qui a confondu, bien souvent, liberté individuelle et permissivité, et qui en détenant presque la totalité du patrimoine et des fonctions de pouvoir a rompu le pacte de solidarité envers les générations. Bien sûr, pris isolément, les individus de cette classe d’âge n’ont pas tous agi uniformément, et certains ont combattu, dans la sphère privée mais aussi à travers le militantisme ou l’action sociale, un individualisme devenu destructeur après avoir été libérateur. Mais, le bilan d’une génération est à prendre dans sa globalité, et celui qui nous intéresse ici, est mauvais, particulièrement en ce qui concerne les mœurs politiques.

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Ces derniers jours, sur les plateaux de télévision, les journalistes interrogeaient : « Toutes ces affaires, ne posent-elles pas le problème d’une génération ? »
A l’évidence oui, même si parmi les générations suivantes, moins représentées, la majorité des hommes et femmes politiques semble mue par l’ambition de faire perdurer le système à son profit, comme s’il était réservé aux seuls individus susceptibles de garantir sa pérennité d’accéder aux mandats parlementaires nationaux.

A la différence de ce que l’on observe dans la société civile où la mentalité des générations nées à partir de la fin des années 50 est fondamentalement autre, voire en opposition, à celle des baby-boomers, il existe une reconduction d'un univers mental et moral en politique ne permettant pas l’émergence d’une autre façon d'être en politique et de faire de la politique. C’est pourquoi le problème posé par l’affaire Fillon et la prise de conscience, très forte semble-t-il, dans l’opinion, de sa dimension générationnelle, ne pourra être résolu par la simple désignation d’un candidat de remplacement plus jeune.

Invités à s’exprimer ensemble sur une chaîne grand public, Bernard Debré ( LR), né en 1944, et Julien Dray ( PS ), né en 1955, se sont, tant et si bien, efforcés de défendre François Fillon et surtout la liberté, « si essentielle aux français », selon eux, qu’ont les parlementaires d’embaucher discrétionnairement les membres de leur famille en qui ils ont, « et c’est naturel, plus confiance qu’en tout autre » ... qu’ils sont apparus aux yeux des téléspectateurs comme deux larrons confortablement installés sous les ors de la République, défendant un système archaïque opaque qui n’a pas cours dans les démocraties dignes de ce nom. Dévastateur.

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Au plan national, le personnel politique doit être rajeuni, et il doit avant tout être renouvelé pour être représentatif, enfin, de la diversité économique, culturelle, sociologique du pays, à commencer au Parlement. La transparence n’est pas une restriction des libertés, elle est une condition de la démocratie. Au lieu de se servir injustement de l’Europe comme bouc émissaire, nos professionnels de la politique auraient du s’inspirer du code de conduite des députés au Parlement Européen - et non du comportement de Madame Le Pen * - et de ce qui existe chez nos voisins Anglais, Espagnols, Allemands, Scandinaves, etc...
La crise de régime est là, aucun tour de passe passe ne la fera disparaître.

  • Marine le Pen doit rembourser plus de 300 000 euros au Parlement Européen pour deux emplois d'assistants jugés fictifs par l'Office européen de la lutte antifraude ( Olaf ).