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La vénération de la réussite par l'argent empoisonne les sociétés occidentales depuis quarante ans, et la personnalisation en politique fait passer le débat d'idées au second plan. D'où une hystérisation de la chose publique - qui n'épargne pas les campagnes chabroliennes où veulent continuer de s'imposer des individus mus par un intérêt particulier ou atteints d'un délire de revendication - alors que les difficultés induites par la répétition et l'accélération des crises économiques et financières, créent des tensions permanentes dans la société.

Mais qui est responsable de cette situation ? Le politicien affairiste pour qui l'argent exprime " la totalité des buts " et le mégalomane avide de pouvoir et de satisfaction narcissique, ou tous ceux qui, à des degrés divers - seconds couteaux en politique, hommes d'argent - entendent retirer des avantages financiers ou une protection en échange de leur soutien politique ou matériel ? A cet égard, le peu de scrupules des dirigeants d'entreprises liées aux nouvelles technologies ( troisième révolution industrielle ) n'a rien à envier à celui des acteurs des précédentes révolutions industrielles, et n'est pas sans rappeler de quelles compromissions avec les idéologues antidémocratiques et leurs hommes de main, ont été capables, dans les années 30, les classes possédantes. Monter_en_Amazon.jpg Est-ce que le conservatisme moral et culturel de l'électorat de François Fillon, ou l'espérance d'une société plus apaisée et plus consensuelle de celui d'Alain Juppé, amèneront les deux finalistes de la primaire à dire leur opposition à la brutalisation du monde du travail en général et au management cynique des parvenus de la révolution numérique en particulier ? ( cf les conditions de travail des employés d'Amazon et le statut d'indépendant des chauffeurs Uber, rendu plus difficile encore par un système de notation par les clients - faisant la part belle à la vacherie ou la simple bêtise - les mettant sous la menace d'un renvoi ). Rien n'est moins sûr, tant leurs programmes économiques témoignent d'un parti pris libéral.

Seule consolation, ces nouveaux créateurs d'entreprise ( " société régénérée ", ironisaient les Goncourt* à propos des fortunes réalisées pendant la révolution de 1789, " qui pille sur les derrières de l'armée et fonde les fortunes modernes dans des dilapidations de goujats " ) ne cherchent pas à pérenniser et s'empressent de céder leurs parts au prix fort, croquant immédiatement partie du fruit de la vente et dissipant le reste dans des secteurs classiques de l'économie qu'ils méconnaissent totalement.

Cette violence de la société, dont est responsable la réaction néo-libérale des années 80 distinguant d'un côté les gagnants, de l'autre les perdants, sur fond de marchandisation de l'être humain - " il faut savoir se vendre " - se fonde sur un darwinisme social qui constitue une régression tant sur le plan social ( grignotage des acquis ) que du point de vue philosophique ( éthique ).

Paradoxalement, l'importance du score de Fillon au premier tour de la primaire est le fait d'électeurs qui souhaitent recouvrer plus de souveraineté nationale pour amortir les effets négatifs de la mondialisation, et lutter en particulier contre les délocalisations - qui représentent, sous une forme différente la poursuite de l'internationalisation qu'était le colonialisme - responsables de la hausse du nombre de chômeurs ( chômeurs qui devraient voir, selon le programme présenté, leurs allocations baisser plus rapidement, ce qui correspond davantage à une lutte contre les chômeurs que contre un chômage que l'impéritie de Monsieur Hollande aura contribué à augmenter ), alors que dans le même temps est prévue une réduction de 500 000 du nombre de fonctionnaires...

  • Les frères Goncourt, " Histoire de la société française pendant la révolution ", Fasquelle, 1864.