En 2012, pressentant que cette synthèse improbable ( mélange de fascination pour l'Amérique, de volontarisme politique, d'apologie de l'argent décomplexé ) était vouée à l'échec, il opéra un nouveau revirement, empruntant ses thèmes à l'extrême droite ( l'identité nationale, le candidat du peuple contre les élites, etc...) Aujourd'hui, son bonapartisme ne réside plus que dans une propagande coûteuse, et ses reniements successifs font qu'il n'est pas lisible. Là réside la raison pour laquelle, quoi qu'il résulte du premier tour des primaires, il ne sera pas le candidat investi par Les Républicains pour la Présidentielle, les électeurs créditant ses concurrents de plus de cohérence. A raison ?

Parmi les candidats susceptibles de remporter cette primaire, François Fillon incarne sans doute la droite conservatrice, alors que sa longue proximité avec Philippe Séguin ( gaullisme social ) ne l'y destinait pas. A contrario, Alain Juppé incarne plutôt, aujourd'hui, la droite libérale ( représentée par Balladur dans les années 90 alors que lui-même était un lieutenant fidèle de Chirac, bonapartiste gaullien devenu président radical-socialiste ). En outre, le conservatisme social de Fillon s'accompagne d'une orientation économique tout ce qu'il y a de libéral, et le libéralisme social de Juppé s'accompagne d'un conservatisme économique bon teint. Pour l'électeur, c'est un peu l'auberge espagnole. Quant à Macron...

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Comment ? dira-t-on, mais Macron n'est pas de droite ! Eh bien si...Macron, c'est l'OPA sur la deuxième gauche ( Rocard, PSU ), qu'il dénature ( il a clairement concédé qu'il n'était pas socialiste alors que Michel Rocard a affirmé dans son dernier entretien qu'il " était socialiste plus que jamais " ), tout en tentant de rallier des centristes en créant un mouvement orléano-progressiste, son rêve de voir " de jeunes français devenir millionnaires " étant l'actualisation du mot d'ordre orléaniste " enrichissez-vous ". Orléaniste en économie, bonapartiste pour sa rupture avec le PS et sa volonté d'incarner un homme nouveau, Macron reprend, d'une certaine façon, à son compte la synthèse sarkozyste avortée.

Jean-François Kahn a dit que les programmes des Sarkozy, Juppé, Fillon, étaient " les plus classiquement droitiers orthodoxes qu'on ait présentés à des élections depuis Thiers et Guizot ", et que Sarkozy y ajoutait seulement du général Boulanger et du Maurras. Il n'y a bien que cela de clair dans cet imbroglio.