Avec la globalisation de l'économie, le pouvoir politique s'est rétréci encore. D'où le sentiment des peuples que leurs dirigeants ont " perdu la main " et sont impuissants devant les forces de l'argent. Et la colère se manifeste à travers le vote, seul moyen d'expression dont dispose l'individu pour protester contre la situation qui lui est faite auprès de professionnels de la politique enfermés, trop souvent, dans une bulle, d'économistes et politologues médiatiques, qui, en dépit de leur manque de résultat et de clairvoyance, s'arrogent seuls le droit de traiter de sujets " complexes ", et qui sont, en grande partie, responsables du poujadisme dommageable envers les élites.

Avec les conséquences calamiteuses que peut avoir ce vote en remettant entre les mains d'un individu dépourvu de tout " esprit démocratique ", le pouvoir de réduire encore les moyens de garantir ce qui est juste pour la majorité. Car l'élection de Donald Trump - il a, d'ores et déjà, réaffirmé que les impôts baisseraient pour les plus riches et qu'il ferait procéder à des expulsions en masse - est un coup porté à la démocratie. Comme quoi l'expression de la majorité - encore qu'en nombre total de votes, il arrive second - peut être antidémocratique ( les pleins pouvoirs donnés par l'Assemblée à Pétain en 1940 en sont l'illustration ), et celle de la minorité refléter la défense du plus grand nombre, c'est à dire de la démocratie.

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Il faut donc substituer à cette démocratie réduite au droit de vote une démocratie, centrée sur l'importance du sujet-acteur, qui reconnaisse " le droit des individus et des collectivités à être les acteurs de leur histoire et pas seulement à être délivrés de leurs chaînes...", pour citer Alain Touraine. Une démocratie de ce type, de nature à apaiser de par le rôle de sujet-acteur qu'elle promeut, est par essence dynamique - la majorité d'aujourd'hui peut devenir la minorité de demain - et les droits des minorités y sont plus aisément reconnus. Parce-que l'esprit démocratique, c'est l'effort continu ( il ne suffit pas de dire des mantras ) pour faire tenir ensemble des contraires apparents ; ce n'est pas exclure, contrairement à ce que veulent faire croire les Bonapartistes en peau de lapin qui déclament à longueur de primaires sur la République. Ce n'est pas non plus contester à tort et à travers.