Après atermoiements, il n'y aura pas de " résidence Massu ", mais une " résidence Mangin ". Ainsi en a décidé le Conseil Municipal, qui aurait pu choisir de nommer la bâtisse du nom d'un civil - il y a bien une rue Jean Jaurès, cependant rien n'interdit de baptiser la nouvelle résidence du même nom - puisqu'elle a perdu sa vocation militaire. Résidence Henri Barbusse ( le Feu ), en cette période de commémoration de 14-18, aurait pu être proposé, si le fait qu'il s'agisse d'un homme de gauche, lui aussi, ne l'écartait pas aux yeux de l'Administration communale. De ce strict point de vue, le nom de Maurice Genevoix ( Ceux de 14 ) n'aurait, peut-être, pas paru rédhibitoire.

Ce sera Mangin ( Charles ), général français de la grande guerre, issu de l'Infanterie Coloniale, ayant fait ses premières armes au Sénégal en n'hésitant pas à s'exposer à la tête de ses hommes. Protégé de Nivelle, il mènera l'offensive du Chemin des Dames, échec accompagné de pertes énormes qui susciteront une réprobation considérable dans l'opinion et lui vaudront d'être relevé. Rappelé, il participera à la contre-attaque sur la Marne qui provoquera la défaite allemande, en pratiquant un feu roulant d'artillerie ( l'infanterie avance en suivant l'artillerie qui procède par " bonds " sur le terrain ).
Mangin illustre, au début de la guerre, une génération d'officiers n'ayant pas tiré les leçons de la défaite de 1870, dont le premier artisan est Molke, qui avait su réformer l'armée prussienne, traumatisée par le désastre de Iéna en 1806. Déjà, en 1870, là où les Français glorifiaient le commandement de type " héroïque ", les prussiens avaient développé un commandement " scientifique ", accordant une large initiative aux officiers subalternes, et préparé en temps de paix par un " contrôle continu " des connaissances . En fait, en 1914, l'Etat-major français n'a réformé qu'une chose, sa bureaucratie, sa doctrine est mauvaise, et la concertation avec les officiers subalternes, proches des hommes, inexistante.

tirailleurs sénégalais

En 1910, Charles Mangin, alors lieutenant-colonel, publie " La Force noire ", livre dans lequel il prône l'utilisation de tirailleurs en Europe, dans la perspective d'un conflit avec l'Allemagne, alors que la France connait une dénatalité. Dés 1914, 8000 tirailleurs sont recrutés ; fin 1916, il seront 40 000. Ces recrutements provoqueront des révoltes en Afrique, en particulier en pays bambara et dans le bassin de la Volta. Après une pause, Clemenceau, à partir de novembre 1917, intensifia l'appel aux troupes coloniales par l'intermédiaire des élites locales en Afrique-Occidentale Française et en Afrique-Equatoriale Française ( l'Angleterre fera de même dans son empire ), en promettant aux Africains la citoyenneté française : << En versant le même sang, vous gagnerez les mêmes droits >>, que très peu obtinrent. Aux tirailleurs, la Patrie non reconnaissante. le_tata_senegalais_de_Chasselay.jpg En tout, 189 000 " Sénégalais " ont été mobilisés durant la grande guerre, auxquels il convient d'ajouter 41 000 Malgaches.134 000 sur les 189 000 combattirent en France : 16 % d'entre eux perdirent la vie. Ce pourcentage n'est pas éloigné de celui de l'ensemble des pertes de l'armée française, mais si les pertes métropolitaines ont été énormes lors des vingt-deux premiers mois de la guerre, celles des tirailleurs, moins exposés au début du conflit en raison d'une période d'adaptation et un hivernage près de Fréjus, augmentèrent jusqu'à la fin des hostilités, la mise en première ligne des troupes coloniales, notamment en 1918, permettant, selon Clemenceau : << d'épargner le sang français >>. Preuve s'il en est que pour les élites et l'arrière, si à l'image du dangereux sauvage a succédé celle du Noir enfantin - le tirailleur s'exclamant " Y'a bon Banania " sur les boîtes de cacao dés 1915 -, l'Africain n'est toujours pas considéré comme un égal. Par contre, avec ses camarades blancs de véritables amitiés se nouèrent, allant jusqu'à des visites aux familles lors des permissions accordées en 1918.

En juin 1940, " la Force noire " sera jetée dans cette bataille de quarante-cinq jours qui fera près de 100 000 morts côté français, se conclura par une défaite - inscrite dans une doctrine militaire erronée - dont le seul effet heureux aura été de précipiter la décolonisation après-guerre. C'est le sujet du livre de Jean-François Mouragues : " Soldats de la République. Les tirailleurs sénégalais dans la tourmente ".