A tel point que les émissaires des émirats, en particulier autour de l'ambassadeur du Qatar, sont fatigués des demandes répétées de certaines personnalités politiques françaises, proposant leurs services en échange d'une rétribution, sous forme de billets de 500 euros de préférence. Quelques-uns se souviennent, peut-être, des déclarations amusées de dignitaires Qataris sur le coût du " très cher divorce de Nicolas Sarkozy ", supporté par l'Emirat, au début de son quinquenat. A la lecture du brûlot de Chesnot et Malbrunot, on constate que ces moeurs n'ont pas disparues depuis, y compris dans les cercles rapprochés du pouvoir.

Les révélations concernant Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement, sont graves. Les auteurs ont, notamment, recueilli le témoignage d'un officiel à Doha rapportant ses propos aux diplomates Qataris à Paris : " En tant que ministre chargé des Relations avec le Parlement, je tiens tous les députés et sénateurs de mon camp, via les questions au gouvernement. Je peux bloquer des questions hostiles au Qatar ou au contraire les alimenter. Mais je n'ai pas à le faire gratuitement ". Devant l'absence de réaction de ses interlocuteurs, Jean-Marie Le Guen, aurait insisté en faisant valoir l'étendue de son pouvoir de nuisance, s'attirant la réponse suivante de l'ambassade du Qatar : " Menacer n'est absolument pas la solution. Il faut être patient ". La proposition du Secrétaire d'Etat aurait consisté à assurer au Qatar, par le biais d'une agence de communication tenue par un proche, la gestion des déclarations de certains hommes politiques. La société de communication lui aurait alors reversé 10 000 euros chaque mois.

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Au passage, le livre égratigne Rachida Dati, très proche de Doha où elle se rendait souvent sous la présidence de Nicolas Sarkozy, et qui en tant que maire du VII ème arrondissement voulait créer et présider un club des ambassadeurs qui se serait réuni périodiquement, activité qu'elle entendait faire financer par le Qatar. D'où sa demande de 400 000 euros auprès de son ambassadeur. Refus poli. Courroux de Madame Dati, habituée à ne rien se voir refuser, qui déclare au micro de RMC peu après l' attentat du Bataclan : " L'Arabie Saoudite ou même le Qatar ont une volonté de développer leur idéologie, notamment pour contrer l'islam chiite. On a des pays du Golfe qui financent des mosquées, des associations, des imams, des structures qu'on ne contrôle pas ". Réaction de l'ambassadeur du Qatar : " Elle dîne avec moi en me demandant de l'aider et le lendemain elle nous traîne dans la boue ". Position à géométrie variable selon que l'on reçoive ou non des cadeaux, qui n'est pas sans faire penser à Jack Lang, président d'un Institut du monde arabe financé par les Emirats, déclarant : " qu'aucune exécution - on en recense 153 pour la seule année 2015 - n'avait lieu en Arabie Saoudite, contrairement à la Chine ". Il y a fort à parier que l'ancien ministre de la culture modifierait son jugement si d'aventure Riyad cessait d'être généreux.

Un des passages les plus drolatiques du livre concerne la sénatrice centriste de l'Orne, Nathalie Goulet, appelant le bureau de l'ambassadeur pour se plaindre de n'avoir pas reçu son cadeau de Noël : " Comment se fait-il que je n'ai pas reçu mon cadeau de fin d'année ; d'autres sénateurs en ont eu un et pas moi ? ". Depuis, elle dit pis que pendre de la monarchie pétrolière. L'absence de dons peut faire naître la rancoeur : montres Rolex, sacs Vuitton, bons d'achat dans les grands magasins...la valeur du cadeau pouvant atteindre 5000 à 6000 euros.

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Se disant bafoués dans leur honneur, certains politiciens, Jean-Marie Le Guen en tête, ont, d'ores et déjà, annoncé leur intention de déposer plainte contre les auteurs du livre. Dans Bouvard et Pécuchet, Flaubert fait dire à un de ses personnages : " Si Dieu a crée l'homme peccable, il ne devait pas le punir ". Mais la loi le peut, et le désaveu public. Le livre de Chesnot et Malbrunot aidera, peut-être, à nettoyer les écuries d'Augias, pourvu qu'il encourage les élus probes à ne plus tolérer dans leurs rangs ces indélicats, idiots utiles d'un Front national qui a reçu 9 millions " d'emprunts " de la part de banques russes sollicitées par le Kremlin, en échange de son soutien à la politique menée en Ukraine... alors que le financement d'un parti par un Etat étranger est interdit par le droit Français. A cette aune, les russes seraient certainement d'accord avec les officiels Qatari pour dire que : " les français sont les plus faciles à acheter ". Propos qui doivent être nuancés ; tous les politiciens ne sont pas corruptibles, mais parmi les corrompus et ceux qui aspirent à le devenir, on reconnait les premiers ( hormis au FN où l'on répète ad nauseam que " les anciens partis sont pourris " ) à ce qu'ils prétendent que personne ou presque ne l'est, et les seconds à ce qu'ils affirment que tous le sont. Déni dans un cas, dépit et justification pour sauter le pas dans l'autre.