Les effets du dérèglement climatique sont d’ores et déjà cause – et le seront davantage dans un avenir prochain – de mouvements migratoires à partir des pays du sud ( continents Asiatique et Africain ) vers les pays du Nord, étant ici incidemment rappelé que, contrairement à une idée reçue, l’Europe n’accueille traditionnellement par an ( en ne tenant pas compte de la situation exceptionnelle générée par la guerre en Syrie ) que 6 % du nombre total de migrants. On mesurera l’incohérence qu’il y a à se dire défavorable à leur accueil ou pour la mise en œuvre de mesures restrictives, tout en se prononçant pour la continuation ou l’adoption d’activités ( agriculture intensive grande consommatrice d’intrants, extraction du gaz de schiste qui occasionne des fuites de méthane dans l’atmosphère ) aggravant le dérèglement climatique et donc les migrations. On mesurera également la responsabilité des Etats Unis et de l’Angleterre dans le chaos Irakien à l’origine de l’apparition de Daech, et celle de la France et de l’Angleterre dans le chaos Libyen, qui obligent les populations à chercher refuge en Europe.
planete-temperature-moyenne-2.jpg Famines et guerres en Afrique, chaos au Moyen Orient, expansion de l’islamisme, visées chinoises et indiennes en Afrique venant concurrencer les intérêts occidentaux, et témoignant ( très clairement en ce qui concerne la Chine ) de la volonté d’obtenir le droit d’exploiter « l ‘espace africain », considéré comme vital…les ressorts du « catastrophisme », pour justifier aux yeux de leur population le droit d’ignorer les frontières, peuvent être tentants pour certains dirigeants. De même que le sentiment de panique ( devant l’accélération des crises économiques, la peur du déclassement, la perspective de pénuries dues à la raréfaction des richesses et à l’insuffisance de production alimentaire devant l’augmentation très rapide de la population mondiale ) peut être instrumentalisé dans un contexte nationaliste ( annexion de la Crimée par la Russie ). Ces moyens ont déjà été utilisés dans les années 30… avec les conséquences que l’on sait. L’Histoire ne se répète pas, mais si les mêmes causes peuvent produire des effets différents, rien ne dit qu’ils ne seront pas dévastateurs.

Pour ceux qui auraient besoin de parfaire leur connaissance de ces années, je recommande le livre de Pierre Milza « Les fascismes » ( ed du Seuil Points Histoire ). L’auteur y soutient la thèse que les partis fascistes ont essaimé en Europe pendant la période de l’entre deux guerres pour s’éteindre en 1945, même si certains régimes, tel le Franquisme, ont perduré ensuite, et même si des résurgences se sont produites, en Amérique Latine essentiellement. A la question « Qu’est-ce que le fascisme ? », Pierre Milza répond qu’à une époque précise :

- Il correspond à une crise du système libéral. - Il lie concentrations économiques et impérialismes. - Il accède au pouvoir par alliance des grands intérêts privés et des classes moyennes. - Il accélère le processus de capitalisation. - Il présente une mutation socialo-politique ( enrégimentement des masses, appareil de terreur, toute puissance du chef, parti unique).

Alors, bien entendu, on pourra trouver aujourd’hui des régimes qui présentent l’un ou l’autre de ses traits, mais aucun ne les réunit tous. En ce qui concerne la France, peut-on avancer qu’il y ait jamais eu un grand parti réellement fasciste ? Pas les Croix de Feu du colonel de la Roques, relevant du Christianisme-social, qui ont reculé à faire tomber la République le 06 février 1934 ( De la Roques, ultra-nationaliste et donc contre la collaboration) rejoindra la résistance en 1942 ). Pas l’Action Française de Charles Maurras, monarchiste avant tout, dont était membre le jeune Cordier qui deviendra le secrétaire de Jean Moulin. Le Faisceau ( fascio ) de Valois, premier parti fasciste non italien ? Trop confidentiel et aux tendances anarchisantes récurrentes. La Cagoule de Deloncle, oui, parce-qu’elle empruntait à la rhétorique fasciste, mais non du fait de son Orléanisme, et dont les membres, y compris Deloncle, seront exécutés par les nazis pour s’être rapprochés de l’Abwehr de l’amiral Canaris. Le dénominateur commun à tous ces mouvements : l’anti-marxisme. Selon la formule en usage chez lez historiens, il n’y a pas eu de grand parti fasciste en France, en raison de la nébuleuse fasciste même, mais des fascistes. Certains se retrouveront à Vichy, au PPF de Doriot, dans la Milice, dans la Légion des Volontaires Français, et enfin chez les Waffen SS. D’autres, à Londres ou dans la résistance. Aujourd’hui, derrière un Soral faurissonien, et non au F.N qui n’a jamais été qu’un parti xénophobe et populiste ( j’emploi expressément, pour le qualifier, le terme de National-Populiste ) créé par un J.M Le Pen ayant débuté sa carrière politique chez Poujade, et élu en 1956, en compagnie de 51 autres candidats, à l’Assemblée, où ils siégeront deux ans en tout et pour tout.

Le vocable « fasciste » est à utiliser avec prudence, a fortiori hors de son contexte historique. Ainsi, les participants à « Nuit debout », Place de la République, qui interpellent Alain Finkielkraut aux cris de « fasciste », profèrent une ineptie doublée d’une injustice, et les manifestants, ou leurs sympathisants, qui emploient le même qualificatif à l’adresse des CRS, fussent-ils racistes et auteurs de violences gratuites- et ils le sont-, commettent une erreur, le racisme, s’il relève de la bêtise et peut constituer un délit dans ses manifestations, étant insuffisant, tout comme le recours gratuit à la violence, à caractériser le type fasciste.