Evidemment, le FN ne se privera pas de renvoyer dos à dos ses adversaires par un « Tous pourris » détestable qui, et c’est le problème, prend de la consistance aux yeux de bien des électeurs, jusqu’alors sans sympathies à son endroit. L’expérience politique des baby boomers s’achève dans la farce, dont le sordide n’est pas absent si l’on en juge par le cas Robert Rochefort, vice président du Modem, qui met un point final à la transformation du parti de François Bayrou en château branlant.

La sphère politico-médiatique, uniquement préoccupée des combats de personnes, a lassé les français dont les difficultés ne sont pas prises en considération. En Angleterre, le Labour essuie échecs sur échecs aux élections, coupé de la réalité vécue par les classes moyennes et populaires. Pour beaucoup d’observateurs, ses dirigeants – le Blairisme est passé par là - méprisent en vérité ces classes censées constituer son électorat. Il en va de même avec le PS. Qu’est-ce-que Macron - parfait inconnu n’ayant jamais détenu de mandat électif devenu ministre de l’économie par le seul fait du Prince – sinon l’archétype jusqu’à la caricature ( la meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler ) du mépris dans lequel ses hiérarques tiennent le peuple de gauche ? Quant à Manuel Valls, il joue sur la peur ( peur qui fait le lit du FN ) brandissant la menace d’une « guerre civile », au lieu de s’adresser à l’intelligence. Mépris, là aussi. Et inutile de compter sur les frondeurs : la perspective d’être privés d’investiture aux législatives de 2017 les fera rentrer sans coup férir dans le rang.

A droite, Nicolas Sarkozy ne combat pas le Front National comme il le prétend, il fait siennes ses idées et le sert au final. Le National-Populisme auquel il emprunte ( rejet identitaire des étrangers, protectionnisme économique ) progresse en Europe ( Norvège, Hongrie, Pologne, Autriche …), et menace l’Union Européenne, bouc émissaire dont se servent ceux qui ont échoué à réduire le chômage et à consolider l’économie. Berlusconi avait phagocyté l’extrême droite en Italie en s’alliant avec la Ligue du Nord. L’inverse risque de se produire en France où un nouvel échec de Sarkozy pourrait avoir pour conséquence que certains de ses soutiens, à la suite de nombreux électeurs, rejoignent un FN solidement installé 1er parti de France. Et ce, dés la primaire.

Depuis 30 ans, les gouvernements de gauche et de droite ne proposent plus de vrais projets de société, mais minent la démocratie par des promesses électorales non tenues, et rabaissent la politique au rang de communication politique. Mais cette immaturité, cette propension à rester toujours en surface des choses, à se suffire des apparences, vient peut-être de loin, selon certains voisins, familiers des mœurs politiques françaises. Le 15 décembre 2015, Xosé Luis Barreiro Rivas, professeur de sciences politiques à l’université de Saint-Jacques-de-Compostelle publiait un article dans La Corogne en réaction aux élections régionales. Il y écrivait : « C’est toujours pareil. Ils commencent par chanter La Marseillaise, ils dégainent leurs sabres éclatants pour rendre les honneurs à un pouvoir rabougri, et ils finissent par introniser Napoléon Bonaparte, Napoléon III, Thiers, Pétain ou Marine Le Pen ». On sait depuis Montesquieu qu’il y a grand profit à écouter ce que les persans pensent de nous.