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A Londres, on trouve, d’un côté des « propriétaires » qui perçoivent la rente ( rente foncière, rente des grandes entreprises ), de confortables revenus, et de l’autre une masse de travailleurs stigmatisés comme improductifs, et partant, mal rémunérés, avec les conséquences négatives sur la croissance que cela implique. L’Angleterre, souvent citée en exemple par le Medef pour sa flexibilité, reste le pays en Europe du Nord où les inégalités sont toujours perçues comme naturelles.Parallèlement, il se trouve, en France, de jeunes libéraux trentenaires formés à HEC ou Sciences Pô, pour prétendre que la transformation du salariat ( sa fin pour certains ) est une chance puisqu’elle permet à chacun de devenir l’entrepreneur de soi même, dans un monde global où la concurrence est plus grande, mais où les grandes entreprises auraient moins de pouvoir en raison même de la transformation d’une masse de salariés en entrepreneurs. Rien de plus faux, là aussi. Les grandes sociétés continuent de tisser leur toile, même si cela se fait de manière plus discrète par l’utilisation de franchises et de sous-traitants, tandis que l’individu, de plus en plus souvent insuffisamment protégé, épuise ses facultés à se battre, jour après jour, pour sa seule sécurité, au lieu de les employer à créer de la richesse par son activité.4250957_web-etude-oxfam.jpg Les géants de l’Internet ont élargi le domaine de propriété foncière, et donc augmenté leurs rentes, par le biais des bases de données, logiciels, brevets… Ils interdisent à quiconque l’exploitation de ces données. Cette mainmise est possible parce que depuis 1980, la « privatisation » de la connaissance s’est renforcée légalement, sous l’impulsion de l’OMC et de Bruxelles poussés par les lobbys à étendre le domaine de propriété. Comme le rappelle l’économiste Philippe Askenazy : « En France, la brevetabilité du médicament date d’une décision de 1968, et aux Etats Unis, jusqu’en 1980, tout médicament qui avait reçu un agrément fédéral ne pouvait pas être breveté. Il était dans le domaine public *(…) Aujourd’hui, les grandes entreprises capitalistiques se fondent sur cette propriété pour prélever des rentes majeures sur tous ». Et ces rentes se font au détriment de l’investissement. Il est d’ailleurs symptomatique qu’après s’être démesurément enrichis grâce à ces données protégées, logiciels, brevets, les fondateurs d’entreprises de l’Internet et des nouvelles technologies – entreprises qui ne sont plus significativement créatrices d’emplois et dont les retombées sur la productivité se sont limitées à une seule décennie, de 1994 à 2004, selon l’économiste américain Robert Gordon - ont la tentation de se défaire de leurs actions atteignant une colossale valeur boursière, ce qui les distingue des industriels du passé pour qui la pérennité de l’entreprise et sa transmission familiale importaient davantage.

Pour Philippe Askenazy : « Nos difficultés ne viennent pas d’un marché du travail trop peu flexible, mais d’une puissance trop grande de la propriété », ce que ne voient plus les sociaux-démocrates européens qui appliquent les mêmes politiques économiques que les libéraux-conservateurs. .Dette_evolution_avec_et_sans_interets.jpg

• dans l’actualité, on peut souligner les protestations des médecins contre les prix très élevés de médicaments prescrits aux patients atteints d’un cancer, médicaments qui devraient être dans le domaine public. • Philippe Askenazy, directeur de recherches au CNRS et chercheur à l’Ecole d’Economie de Paris. Co-fondateur des Economistes atterés.