Aux confins de la France, le vieux massif ardennais arrondi par les millénaires et envahi par d'épaisses et sombres forêts, abrite au creux de ses vallées des petits
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villages aux toits d'ardoises qui brillent sous le soleil et qui se reflètent dans les eaux calmes du grand fleuve qui la transperce. La Meuse, pareille à un long serpent scintillant, passe nonchalante et majestueuse entre les rives arboisées, semble admirer les vieilles demeures de maître en pierre bleue, les châteaux austères aux tourelles bleutées, les crêtes des montagnes et les côteaux qui semblent glisser doucement vers l'eau. Mais si l'on s'attarde et on contemple de plus près cette carte postale, on aperçoit aussi des maisons aux volets clos depuis longtemps, des magasins aux vitrines vides et poussiéreuses et des rues solitaires ... Malgré tout, la merveille de la distance persiste dans la mémoire et si nous fermons les yeux un instant et nous regardons au fond de nous avec nos yeux d'enfant, nous verrons surgir un autre paysage, notre paysage .... la Meuse travailleuse où naviguent les péniches, les hommes de
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la "valleye" rudes ouvriers de l'acier, le marché au bord de l'eau, le bal de la fête patronale et ses flons flons, les glissades des écoliers sur la neige, les kermesses ... et l'on pourra voir aussi les rayons de soleil jouer à cache-cache entre les branches des peupliers élancés ou bien la brume presque océanique qui monte du grand fleuve quand arrive l'automne et d'où surgissent les chochers des églises comme des îles imaginaires.

Et c'est pour ça, qu'envers et contre tout, malgré la distance, les années qui passent et le voyage solitaire, je pense refaire le pélerinage à mon enfance. Et la pluie m'accueillera une fois de plus pour me rappeler que la verdure que j'admire tant, les différentes gammes qui vont de l'émeraude à la nuance pâle de l'herbe printanière, du glauque de l'eau du fleuve à la tonalité des pommes à peine mûres,DSCFbis.JPG tous ces verts apaisants sont les cadeaux de la pluie, impitoyable ou douce, à mon beau petit pays.

Les paysages de la vie finissent par se transformer en lieux de disparition. Les adultes d'antan ne sont plus et les enfants sont partis, nous sommes partis, en une espèce de diaspora générationnelle vers des endroits plus propices. Dans cette carte postale que j'ai choisi pour vous, toutes les échelles du temps sont simultanées : celle des souvenirs personnels, celle des familles que l'on a connu, celle du passé historique et aussi celle des durées géologiques qui ont construit le paysage unique de mes Ardennes.