Pas sûr que le juge verse une larme sur la perte de cette normalité. Peut-être aura-t-il quelques difficultés à concevoir que la considération et l’honneur de Monsieur Bendaoud, étant donné ses antécédents, aient eu à souffrir plus que de mesure de ces plaisanteries. Car Jawad Bendaoud, c’est un pedigree, avec une casier judiciaire long comme le bras. Multirécidiviste, condamné à 8 ans de prison pour le meurtre « malencontreux » de son meilleur ami à l’aide d’un hachoir de boucherie, il fume des brouettes de crack quand il n’en vend pas…et, bien sûr, il « rend service » en tarifiant la nuitée dans des gourbis au prix d’une semaine de loyer dans un studio cosy, et en recouvrant de façon très persuasive les impayés. Pour un peu, il se ferait passer pour un travailleur social. Pas certain, cependant, que sa famille s’enorgueillisse d’une telle réussite et que son nom en retire un bénéfice éclatant. Quoiqu’il en soit, celui que les réseaux sociaux désignent familièrement sous son seul prénom, se dit « dégoûté par ce manque de respect ».scarface.jpg

Le « respect »…antienne de la racaille, sous lequel se réalise l’ordre mafieux. Toutes les références des voyous ont affaire avec le « respect », pour les chefs, les parrains, les grands frères, maintenant les barbus…devant lesquels le faible, et notamment la femme, doivent se soumettre. Loi de la jungle, loi du plus violent, négation de la démocratie. Au juge, qui demande à un prévenu, comparaissant pour viol sur une adolescente, lors d’une tournante, s’il a conscience de son acte, celui-ci répond : « Elle fait la pute…elle m’a manqué de respect ».

On est stupéfait, puis secoué de rire devant la violence paroxystique des films de Martin Scorsese ou Abel Ferrara, parce que le pacte fictionnel induit un phénomène de distanciation ; cette même distanciation, passé le moment de sidération, fait que les internautes regardent Jawad Bendaoud comme un olibrius fictionnel, ce qu’il n’est pas, et s’autorisent à en rire alors qu’ils devraient rager et pleurer, de la même façon que le public riait, lors de sa sortie en 1976, du film d’Ettore Scola « Affreux sale et méchant », dépeignant, avec quel réalisme, une humanité sordide. Le rire est ce qui permet, en dernier ressort, de conjurer, et répond à un besoin de catharsis.

Tel Jawad Bendaoud, les voyous incultes des cités, qu’ils contribuent plus que tout autre à ghettoïser, incapables de la moindre distance, confondant réel et fiction, s’identifient depuis longtemps aux caïds des films ( le Tony Montana du Scarface de Brian de Palma ), et maintenant aux djihadistes, auréolés pour avoir rejoint Daesh en Syrie. Bendaoud prétend, dans sa lettre au juge, n’avoir « rien à voir avec Daech, ni de loin, ni de près », et ajoute : « le Monsieur Abaaoud, le chef de Daech ou je jasm.PNGne sais pas quoi, je ne l’ai vu que 5 minutes, le temps qu’il soit rentré dans l’appartement et que je lui fasse visiter ». Reste que ses co-détenus déclarent qu’en prison, il se serait radicalisé et regardait des vidéos de ce même Abaaoud, hilare, traînant des cadavres derrière un pick-up. A l’encontre de ces déclarations, Jawad Bendaoud répond : « je n’ai jamais prié (…) je n’ai jamais fréquenté une seule mosquée, je fais tout ce qu’un bon musulman ne ferait pas (…) je bois de l’alcool (…) dans ma cellule, j’avais des posters de cul (…) c’est vrai que j’ai regardé des vidéos d’exécutions en Syrie, mais ça ne m’a rien fait ». Pas assez fun pour un type qui dessoude à coups de hachoir, il est vrai. Pas sûr non plus que cela constitue un bon système de défense, à l’instar de sa réponse « c’est grave, mais je ne me l’explique pas », sur le fait qu’il ait été contacté le 14 novembre par un numéro de téléphone belge - dont il dit n’avoir aucun souvenir - ayant ensuite contacté un autre numéro, dont l’enquête a établi qu’il était en lien avec les terroristes, localisés au soir du 13 novembre près du Stade de France et des terrasses de café mitraillées.

Faisant du Queneau sans le savoir, Jawad Bendaoud écrit qu’il refuse « d’être un bouquet missaire ». Il appartiendra à la Cour d’Assises de se demander doukipudonktan.