Adonis ( sur la violence) : « C’est ( le Coran ) un texte extrêmement violent. J’ai compté quatre vingt versets sur la Géhenne ( l’enfer ). (…) Le Kufr ( mécréance ) et ses dérivés figurent dans cinq cent dix huit versets, le supplice et ses dérivés font l’objet de plus de trois cent soixante dix versets. Sur trois mille versets, cinq cent dix huit portent sur le châtiment ».(…) « La mentalité de l’homme musulman et arabe demeure profondément religieuse. Sa structure mentale et psychique est religieuse. Elle est empreinte de domination, de pouvoir et d’emprise ».1404523868.jpg Houria Abdelouahed ( sur la place des femmes et en remarquant que les mots misogynie, machisme, sexisme n’existent pas en arabe ) : « La religion a mis la masculinité du côté du pouvoir et la féminité du côté de l’assujettissement ».Adonis : « Le masculin devient le symbole de Dieu. Il est le roi, le calife sur terre. Et la femme est sa propriété. »

Houria : « Le Texte dit : « Vos femmes sont pour vous un champ de labour ( harth ) : allez à votre champ comme vous le voudrez. »

Houria : « Un autre verset dit : « Si elles montrent une indocilité ; reléguez les dans des chambres à part et battez les. » ( Inénarrable prestation de Jack Lang chez Elisabeth Quin, il y a peu, maintenant mordicus « qu’il n’y avait pas de lapidation ni d’exécution en Arabie Saoudite, en Chine, oui ». Précision qui a son importance, J.Lang est président de l’Institut du Monde Arabe à Paris, largement aidé par l’Arabie Saoudite ).

Adonis : « Et pour renforcer cette supériorité de l’homme, la religion a fait de la femme le symbole du péché ».

Houria : « C’est ainsi depuis l’Ancien Testament. L’islam n’a pas inauguré, mais a renoué avec le texte biblique ».

Adonis : « L’islam a suivi et renforcé ce trait. Il a transformé la femme en un objet que l’on possède et la sexualité en code. Il a institué la sexualité comme loi. Nous composons désormais avec le licite et l’illicite. La féminité est devenue un objet du licite et de l’illicite, à savoir un objet codifié. C’est le sommet de la déformation et de la négation du féminin, de la femme et du désir. La religion a déformé le désir. Elle a déformé la sexualité et l’amour. Je peux même dire qu’elle a annulé l’amour ». Palmyre_1_.jpg
Houria : « On est passé des déesses sumériennes ou grecques à des femmes qui deviennent propriétés ou ombres ou fantômes. C’est comme si l’islam renforçait la phallicité prônée par la Bible et comme s’il était né pour juguler la femme ».

Adonis ( sur l’histoire ) : « L’homme arabe n’habite pas sa terre. Il n’est pas dans son histoire. Il n’est ni en Europe, ni en Asie, ni en Océanie. Il vit au ciel. Tous les Arabes musulmans vivent au ciel. On dirait qu’ils n’ont rien à voir avec la terre ou avec l’histoire ». ( Cette remarque d’Adonis illustre pourquoi celui qui veut introduire un regard critique, distancié, en étudiant scientifiquement le fait religieux, se voit immédiatement taxé d’apostat. En France, les jeunes musulmans sont abandonnés à l’autorité religieuse de la famille ou de la mosquée ; mettre en place, à l’école, l’enseignement du fait religieux dans une perspective rétablissant la diachronie permettrait d’offrir aux élèves un angle historique et culturel du religieux, sans que cela contrevienne au principe laïc. Plutôt que de créer, comme le propose Manuel Valls, des structures pour traiter les radicalisés, l’enseignement du fait religieux à l’école permettrait d’éviter qu’ils se radicalisent ).

Palmyre__l_irremplacable_tresor.jpg Adonis ( sur le rapport à la création ) : « Le Wahhabisme est en train d’exterminer les traces de l’humain. Du moment où c’est Dieu qui fait tout œuvre, l’humain ne peut rien inventer, créer ou réaliser des œuvres picturales, musicales, poétiques…Et du moment où il n’y a qu’un seul Créateur, il faut effacer toute création humaine. Car celle-ci est wathan ( idole ). Elle relève de l’idolâtrie. C’est ce qui explique la destruction des musées et des sites archéologique. On détruit toute œuvre émanant de l’être humain car il est supposé rivaliser avec Dieu. L’homme ne doit être qu’un exécuteur des préceptes. Dieu crée et l’homme imite ». ( Paul Veyne vient de publier « Palmyre, l’irremplaçable trésor » ( ed Albin Michel )

témoignage de l’historien sur l’antique citée rasée par Daesh, dont les fanatiques ont recherché, torturé pour lui faire avouer où était caché le « trésor de Palmyre », et égorgé, l’ex directeur des antiquités, âgé de 82 ans).

Adonis ( sur la liberté et la laïcité ) : « Daesh n’est pas une nouvelle lecture de l’islam ou la construction d’une nouvelle culture ou d’une nouvelle civilisation. Mais plutôt la fermeture, l’ignorance, la haine du savoir, la haine de l’humain et de la liberté. Et c’est une fin humiliante. Historiquement parlant, l’islam a vécu quinze siècles. Dans l’histoire de l’humanité, c’est court : il aurait duré moins que les pharaons, que les Grecs, que les Romains…Il y a un réel malaise car une religion qui a une vision et un projet ne peut s’autoriser à égorger des gens. Et au lieu de prôner la liberté, on renforce aujourd’hui la servitude.8524306-13411416.jpg L’individu vivant dans la société arabe souffre de l’absence de liberté : ni liberté d’expression, ni liberté de croyance, ni liberté d’écriture, ni égalité entre l’homme et la femme. Jusqu’à présent, la société civile et laïque n’a pu naître. La notion de laïcité demeure bannie. Le pouvoir politique est au delà de la liberté. Et du moment où le combat reste lié non pas au progrès mais au pouvoir, ces révolutions sortent les individus d’une prison pour les acheminer vers une autre prison. » ( cf le printemps arabe, à l’exception de la fragile Tunisie ).

Deux lueurs d’espoir tout de même selon Adonis et Houria Abdelouahed, la violence extrême de Daesh pourrait provoquer une prise de conscience des arabes de la dangerosité de l’interprétation littérale du Coran et de ses conséquences atroces et précipiter la fin du règne islamiste, et l’existence d’une nouvelle génération s’affirmant laïque et voulant entrer dans la modernité.