Les divisions, les luttes tribales et des factions pour le pouvoir dans cette région ne datent pas d’hier. Dans les années 20, 30, 40, le ressentiment anti-français et anti-anglais avait amené à la révolte des Druzes, au soulèvement de Damas…mais en même temps à des luttes intestines.
La nouveauté constituée par Al Qaida et Daesh ( à qui il arrive de déléguer à des sous-traitants, ex le GIA Algérien ), est que ces organisations ont la capacité de porter des coups destructeurs sur le sol même des grandes puissances et de mettre en lumière leur vulnérabilité, comme l’ont démontré les attentats du 11 septembre 2001 ( malgré son u4.jpgappellation et son annonce de poursuivre le but de récréer un califat , l’Etat islamique n’est en rien un Etat et tout laisse à penser que ne l’intéresse pas la mise en œuvre de structures et de moyens indispensables à sa création, et son projet politique, contrairement à la révolution chiite iranienne en 1978, est invisible ). A cette vulnérabilité territoriale de l’occident s’ajoute la vulnérabilité induite par le refus - fondé sur l’expérience traumatisante de la guerre du Vietnam pour les USA et la prise de conscience du suicide qu’ont été les deux conflits mondiaux pour les européens - de perdre de nombreuses vies, qui conduit les USA et leurs alliés, à armer des factions locales plutôt que de se lancer dans des interventions terrestres. L’Afghanistan en 1979-1980, dans le contexte de u5.jpgguerre froide et de l’invasion par l’URSS, a scellé le choix de cette stratégie imposée par le changement de sensibilité. En armant alors les Moudjahidines, Washington a créé les conditions de l’éclosion de ce qui allait devenir Al Qaida. Cette stratégie perdure aujourd’hui, en particulier en Syrie et en Libye, et participe du chaos et du ressentiment des populations envers l’occident, capable de semer la mort à distance grâce à sa technologie et à ses dollars permettant d’armer différents adversaires sur le terrain ( l’Arabie Saoudite et le Qatar ne sont pas en reste ).

Mais la dégradation de la vie ne saurait être imputée à une seule région et à une seule religion. Les chemins qu’emprunte Thanatos sont multiples. D’un côté, le protestantisme intégriste, prôné par un Bill Graham, répand dans la société américaine un esprit de croisade, de l’autre et plus largement, le consumérisme occidental qui réduit l’existence à des aspirations matérielles et la vide de sens, est cause de l’explosion du nombre de suicides dans les u3.jpgpays développés et de l’attirance diabolique que représente le djihad ( qui acte le suicide social et l’échec de l’intégration ) pour certains de leurs citoyens. Mais si les suicides criminels des faits divers ( suicides après tueries de masse aux USA), montrent la perte de sens de la vie sur fond de haine de soi et de haine de l’autre, le kamikaze djihadiste qui se fait exploser croit être assuré d’être accueilli par Dieu. Il ne s’agit pas de nihilisme mais de destructivité ( Jean Baudrillard « l’esprit terroriste » ). Si être nihiliste marque le désarroi de l’homme face à l’absence de Dieu et son incapacité à le remplacer ( Dostoïevski, Camus ), les terroristes islamistes ne le sont pas, leur conduite n’étant pas fondée sur l’absence de Dieu, mais consistant à confisquer Dieu.u6.jpg Il s’agit pour eux de s’opposer à la marche du monde, au réel, en le diabolisant, mais sans proposer en remplacement autre chose que le retour à un religieux primitif rêvé de l’islam ( ce qui relève au sens strict de l’utopie ) et le martyre.

Il appartient aux occidentaux de prendre conscience de cela tout en éradiquant le terrorisme islamiste, et aux musulmans, dont les instances et les autorités avaient condamné les attentats du 11 septembre mais éludé le 11 janvier en faisant valoir que les caricatures blessaient les croyants( pas de caricaturistes au Bataclan, aux terrasses de café, au stade de France…et pas d’épicerie casher, les victimes viennent de tous les horizons ), de prendre leur part dans ce combat et de guérir l’islam de cette maladie mortifère. Pour cela, il faut commencer par admettre l’existence du mal que l’on porte en soi.
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