Incidemment, de nombreux historiens, dont Ian Kershaw et François Kersaudy, ont démontré que les décisions prises en Allemagne entre 1933 et 1945 pour éliminer groupes et communautés d’individus, étaient le fait de responsables nazis qui « réalisaient » la pensée du Führer sans qu’il ait à la reformuler explicitement, comme lors de la conférence de Wannsee du 20 janvier 1942, pendant laquelle ont été décidées les modalités de la mise en œuvre de la solution finale. Nadine Morano s’est ainsi exprimée en donnant corps à la pensée de son mentor et s’estime, en conséquence, trahie par le désaveu que celui-ci est contraint de lui infliger, sans pour autant dénoncer le fond de sa sortie. Ce qui n’a pas échappé à NKM qui ressent le besoin de déclarer : « J’ai entendu systématiquement Nicolas Sarkozy s’exprimer avec la plus grande clarté sur ce genre de sujet », mo5.jpgdéclaration qui dit en réalité le contraire de ce qu’elle prétend et qui sonne comme une invitation faite au président des républicains, dont la stratégie politicienne – suicidaire pour la légitimité de la droite - consiste à chasser sur les terres du F.N, d’avoir à énoncer formellement une condamnation de principe de tout propos racialiste. Si colère de Sarkozy il y a, c’est donc contre la maladresse de Morano qui donne l’opportunité à certains de lui demander, à mots couverts mais instamment, de sortir de ses ambiguïtés. On se souviendra du discours de Dakar de Sarkozy ( dont l’emploi redondant de l’expression « l’Homme noir » suffisait à créer le malaise…Imagine-t-on un chef d’Etat africain en réunion en Europe parsemer son discours de « L’homme blanc »… ), mo96.jpgemployant le mot « faute » pour désigner la colonisation, alors que c’est un crime. « Pour le meilleur comme pour le pire, la colonisation a transformé l’homme africain et l’homme européen ». Le meilleur ? Du point de vue du colonisé, on voit mal ce que pourrait être ce meilleur… « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire », déclaration qui révèle la vision de l’orateur et de l’auteur du discours, Henri Guaino, pour qui l’Histoire contemporaine commence avec le libéralisme, soit au 18ème siècle, et qui induit une hiérarchisation au détriment de « l’Homme africain » du fait que les sociétés africaines reposent encore sur l’esprit du don ( c’est à dire savoir donner, recevoir et rendre ) alors que le libéralisme réduit nos sociétés à un marché par une dynamique consumériste ( c’est à dire savoir produire ce qui ne répond pas à un besoin, vendre et acheter ). A ce sujet et sur les leçons que nous pourrions recevoir de l’Afrique, l’ouvrage de Serge Latouche, « L’autre Afrique, entre don et marché » est éminemment instructif.

Pour se justifier, Nadine Morano invoque les mannes de de Gaulle qui aurait ( propos apocryphes), selon Alain Peyrefitte*, employé le vocable « race blanche » en 1959 lors d’une conversation dans un cadre privé : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon la France ne serait plus la France. mo78.jpgNous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne ». A supposer qu’il les ait réellement dits, ces mots, qui dessinent une identité plus européenne que strictement française au demeurant, ne contiennent pas l’idée d’une hiérarchie entre les races, ce qui est le fondement même du racisme. Dans son contexte, l’usage sémantique du mot race est dénué de racisme ou de racialisme et vise à lier contractuellement entre eux les européens, en se fondant sur ce qu’ils ont en commun et non à rejeter l’Autre. En 1970, à propos de l’Europe qu’il appelle de ses vœux : « …Pour moi, j’ai, de tous temps, mais aujourd’hui plus que jamais, ressenti ce qu’ont en commun les nations qui la peuplent. Toutes étant de même race blanche, de même origine chrétienne, de même manière de vivre, liées entre elles depuis toujours par d’innombrables relations de pensée, d’art, de science, de politique, de commerce, il est conforme à leur nature qu’elles en viennent à former un tout, ayant au milieu du monde son caractère et son organisation ». Nadine Morano ne peut ignorer que le contexte sur la question de l’immigration est radicalement différend aujourd’hui et que dans l’esprit du Général le mot « race » n’y est pas relié puisque l’immigration est alors mo9.jpgencouragée car représentant un atout, les immigrés étant « la chair à béton » des 30 glorieuses. Qui plus est, si de Gaulle a été porté au pouvoir pour maintenir l’Algérie dans le giron de la France, force est de reconnaître qu’il fera l’inverse et qu’en 1959, il avait conscience de l’inéluctabilité ( sens de l’histoire ) de l’indépendance de l’Algérie. De Gaulle, combattant de 14-18, frère d’armes de soldats africains enrôlés par la France, sait trop bien ce qu’elle doit à l’Afrique. Que né en 1890, éduqué dans une famille catholique pratiquante, il ait été bercé par le nationalisme barrésien et les préjugés de son temps est indéniable, cela n’en fait pas un raciste. La notion de race, pour sa génération, est une notion alors acceptée, non réfutée par la science, alors qu’aujourd’hui, scientifiquement, la race est le résultat d’une construction sociale et/ou de perceptions visuelles, aucun groupe ( blanc, noir, jaune…) ne constituant un groupe biologiquement homogène. mo7.jpgL’historienne Madeleine Riberioux rappelait qu’en 1908, lors de débats à l’assemblée, le mot race désignait la vigueur d’un peuple ou d’une nation dans le cadre de discussions sur l’alcoolisme ou la natalité. En 1959, la France n’est pas un pays raciste. Le front national n’existe pas et le Pen n’est qu’un député poujadiste. Paris avec ses clubs* est alors la terre d’asile des jazzmen noirs américains, Bechet, Parker, Bud Powell, Miles Davis, Kenny Clarke, Dexter Gordon dont l’expérience inspirera Bertrand Tavernier pour son magnifique « Autour de minuit » ( Round about midnight )…Si la musique classique est savante, le jazz est la musique la plus intelligente ( inter ligere, faire du lien ) qui soit.

mo70.jpgLe préambule de la 4ème république en 1946 stipulait : « Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d’asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. Il réaffirme solennellement les droits et libertés du citoyen consacrés par la Déclaration des droits de 1789 et les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République ». Ce préambule est toujours en vigueur alors que l’Article 1er de la Constitution de 1958, voulue par de Gaulle, dispose : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ».

Gide disait : « Il faut suivre sa pente en la remontant ». La sarkozie la dévale, jetant l’héritage dont elle se réclame aux orties.

• « C’était de Gaulle » Alain Peyrefitte. 1994.

• Pour l’anecdote, le River Boat était un club de jazz tenu par le tromboniste Mowgli Jospin, frère de Lionel. Il se disait que c’était la petite cave où Guillotin avait inventé sa machine. Miles Davis qu’ulcéraient les trop long solos devait en menacer ses accompagnateurs.